Associations Libres

"Faut pas croire tout ce qu'on voit sur le web" – Einstein

Comment je me suis converti aux OGM

Mohamed Rahman ne le sait pas encore, mais sa petite ferme du centre du Bengladesh a une importance mondiale. Mr Rahman, un petit exploitant de Krishnapur, à peu près à 60 miles au nord-ouest de la capitale, Dhaka, cultive des aubergines sur ses quelques acres de terres inondables.

Accroupi dans le champ boueux, examinant le riche feuillage vert et les brillants fruits volets, il explique comment, pour la première fois, il lui a été possible d’arrêter de se servir des pesticides : grâce à une nouvelle variété d’aubergine résistante aux parasites, qui lui a été fournie par l’administration publique de l’Institut Bengali de Recherches Agricoles.

Malgré une récente averse de grêle, la météo a été clémente et la nouvelle variété prospère. La productivité a presque doublé. Mr Rahman a déjà récolté 10 fois dans la petite parcelle dit -il et et vendu les brinjal (le nom local des aubergines) labellisés « sans insecticide » avec un petit bonus au marché local. Maintenant, ses profits augmentant, il lui tarde d’être capable de sortir sa famille de la pauvreté. On peut voir pourquoi c’est si urgent : une demie-douzaine d’enfants torses nus traînent dans le coin, réclamant de l’attention. Ils ont tous l’air frappé par la malnutrition.

Dans un monde rationnel, Mr Rahman recevrait des soutiens de toute part. Il rend soin de l’environnement et combat la pauvreté. Cependant la visite se fait au pas de course et les gens de l’institut de recherches sont nerveux quant au fait de dedvoir permettre une interview avec lui.

La nouvelle variété a fait l’objet d’une couverture incendiaire de la part de la presse locale et des groupes de pression basés à Dhaka ont intenté des procès pour faire bannir la variété d’aubergine résistante aux parasites. Des militants sont venus sur certaines des terres et ont exercé des pressions sur les fermiers pour qu’ils arrachent les plants. Les guides de l’institut ont été menacés de violences et sont clairement désireux de partir.

Pouquoi une telle controverse ? Parceque les aubergines résistantes de Mr Rahman ont été obtenues en utilisant des modifications génétiques. Un gène y a été transféré, issu d’une bactérie vivant dans le sol, Bacillus thuringiensis (plus communément connue sous l’appellation Bt) et qui produit une protéine mortelle pour le « foreur des pousses et des fruits », une espèce de papillon dont les larves se nourrissent du plant d’aubergine ; ce qui rend inutile la pulvérisation d’insecticide. La protéine est totalement inoffensive pour les autres insectes et, évidemment, les humains.

Les cultivateurs conventionnels d’aubergines du Bangladesh doivent pulvériser leurs récoltes jusqu’à 140 fois durant la saison de la pousse, et l’empoisonnement aux pesticides est un problème de santé récurent dans les zones rurales. Mais puisques les brinjals Bt sont des OGM honnis, ils sont l’ennemi public n°1 pour les groupes écologistes partout dans le monde.

Les enjeux sont particulièrement élevés car Mr Rahman est l’un des 108 fermiers (seulement) ayant obtenu l’autorisation d’essayer cette nouvelle variété qui compte parmi les premiers OGM destinés à la culture par de petits exploitants. Virtuellement, toutes les autres semecnes, dans tous les autres pays ont été bannies.

Dans l’Inde voisine, des activistes verts ont réussi à faire mettre en place un moratoire national contre les aubergines OGM en 2010. Aux Philippines, une coalition emmenée par Greepeace a fait bloquer la variété pour deux ans. Les militants ont pris la précaution de détruire les essais en plein champs en arrachant les plantations.

J’étais, moi aussi, dans le camp des activistes. Écologiste depuis toujours, je m’étais opposé aux aliments OGM dans le passé. Il y a 15 ans, j’ai même participé à la destruction d’un champ test en Angleterre. Et puis j’ai changé d’avis.

Après avoir écrit deux livres sur la science du changement climatique, j’ai décidé que je ne pouvais pas continuer à tenir une position pro-science sur ce sujet et pas sur les OGM.

Je me suis rendu compte que le consensus scientifique sur les deux sujets est du même niveau : le changement climatique est réel est les OGM sont sans danger. Je ne pouvais pas défendre le consensus des experts sur un sujet et m’y opposer pour un autre.

En Afrique, cependant, les pays sont tombés comme des dominos devant les campagnes anti-OGM. J’écris ceci à une conférence sur les biotechnologies à Nairobi , dans un pays où le gouvernement a rayé d’un trait de plume la possibilité d’importer des OGM après que des militants aient brandi des images de rats atteints de tumeurs et prétendu que les OGM donnaient le cancer.

L’origine de la crise était un article scientifique français, qui fut plus tard retiré par le journal qui l’avait publié du fait de nombreux défauts de méthodologie. Cependant, l’embargo kényan demeure, créant un goulet d’étranglement sur le marché alimentaire qui fait monter les prix, empirer la malnutrition e augmenter la pauvreté de millions de gens.

En Ouganda, les très rentables cultures de bananes sont dévastées par une nouvelle maladie appelée flétrissure bactérienne, tandis que le riche en amidon manioc (l’aliment de base) a été frappé par deux virus mortels. Les ingénieurs en biotechnologies ont créé des variété résistantes pour les deux cultures en utilisant des modifications génétiques. Mais les groupes anti-OGM ont réussi à faire que le parlement ougandais s’abstienne de passer une loi de biosécurité, nécessaire pour leur déploiement.

Un éminent scientifique ghanéen que j’ai rencontre récemment a été tellement harcelé par des groupes de pression qu’il envisageait de porter plainte. Et dans ce pays aussi, des militants ont intenté des procès pour paralyser la recherche en biotechnologie.

La guerre des mouvements écologistes contre l’ingénierie génétique mène à une rupture grandissante avec la communauté scientifique. Un récent sondage de Pew Research Center et de l’American Association for Advancement of Science a mis en évidence un plus grand fossé entre les scientifiques et la population sur les OGM que pour toute autre controverse scientifique : alors que 88% des scientifiques pensent qu’il est sur de manger des OGM, c’est le cas pour seulement 37% du public. Une différence de perception de 51 points, alors que celle sur le réchauffement est de 37 et sur les vaccins de 18.

Sur l’ingénierie génétique, les écologistes ont été considérablement plus heureux que les dénialistes du climat ou les anti-vaccins pour ce qui est de miner la compréhension de la science par le grand public. La communauté scientifique est en train de perdre cette bataille. SI vous avez besoin d’une confirmation visuelle, allez dans la recherche d’image de Google et tapez « OGM ». Vous ne trouverez que des images effrayantes, de l’archétype de savant fou en train de piquer une tomate – une représentation risible des techniques de bo-ingénierie – à des rats couverts de tumeurs en passant par des chimères de type tomate-foetus.

En Europe, des dirigeants à Bruxelles proposent d’autoriser tous les états membres à bannir les OGM si ils le souhaitent. La Hongrie a même inscrit l’idéologie ant-OGM dans sa constitution.

En Amérique, le Pérou a voté un moratoire de 10 ans.

En tant que personne ayant participé à l’essor de ce mouvement, l’ai le sentiment d’avoir une dette à l’égard de Mr Rahman et des autres paysans de pays en voie de développement qui pourraient bénéficier de cette technologie. A Cornell, je travaille pour faire mieux entendre la voix des fermiers et des scientifiques lors de débats mieux informés à propos de ce que les biotechnologies peuvent apporter à la sécurité alimentaire et à la protection de l’environnement.

Personne ne dit que les OGM sont la panacée. Les techniques de bio-ingénierie ne peuvent pas faire tomber la pluie quand il le faut ni permettre aux exploitants africains d’avoir de meilleurs droits sur leurs terres. Mais les semences génétiquement améliorées peuvent aider de bien des façons : elles peuvent être plus résistantes aux maladies et à la sécheresse – ce qui n’est pas négligeable dans le contexte de réchauffement global – et elles peuvent aider à lutter contre des problèmes de malnutrition comme le déficit de vitamine A.

Nous avons besoin de cette technologie et nous ne devons pas laisser les extrémistes verts se dresser sur ce chemin.

Mark Lynas est chercheur à l’Alliance Cornell pour la Science et l’auteur, récemment, de « The God Species : how the planet can survive the age of Humans« .

Traduit de http://www.nytimes.com/2015/04/25/opinion/sunday/how-i-got-converted-to-gmo-food.html

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Information

Cette entrée a été publiée le 2 mai 2015 par dans Débutant, et est taguée , , .
%d blogueurs aiment cette page :