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Comment les peurs des vaccins respectent les cultures locales

vaccins

J’étais à NewsNight cette nuit, pour parler de l’épidémie de rougeole de Swansea et de comment on peut amener les gens à se vacciner quand ils ont d’abord refusé. De mon point de vue : la prévention est meilleure que le soin, il est difficile de lutter contre une peur une fois que le diable est sorti de sa boîte et nous devons nous vacciner contre les peurs futures, car il y en aura. C’est pour cela que des services comme « Behind the headlines » (« Derrière les gros titres » ndt) sont importants.

A la fin, Jeremy Paxman avait l’air (agréablement) surpris de constater que les peurs des vaccins collent aux cultures locales. C’est ce dont je parlais, dans un extrait de mon premier livre Bad Science (cet extrait vient des pages 292 à 294 de l’édition de poche).

Les peurs des vaccins dans le contexte :

Avant de commencer, il est intéressant de prendre un moment pour observer les peurs liées aux vaccins autour du monde, parce que je suis toujours frappé par la façon dont ces peurs sont circonscrites et du mal qu’elles ont à se propager en dehors de leur zone de « naissance ».

La peur ROR/Autisme est par exemple, quasi inexistante en dehors du Royaume-Uni, même en Europe et en Amérique. Mais durant les années 90, la France était la proie d’une rumeur disant que le vaccin contre l’hépatite B provoquait des scléroses en plaques (je ne serais pas surpris si j’étais le premier à vous dire cela – ndt: article adressé à un public anglais).

Aux États-Unis, la plus grande peur a tourné autour de l’utilisation d’un conservateur appelé Thiomersal (ou Thimérosal ndt). D’une certaine façon, cette peur n’a pas « pris » ici, alors que le même conservateur est utilisé en Angleterre. Et dans les années 70 (vu que le passé est un autre pays aussi) il y avait beaucoup d’inquiétudes dans le Royaume-Uni car un seul docteur avait prétendu que le vaccin anti-coqueluche causait des dégâts neurologiques.

En regardant encore plus loin dans le passé, il y avait un mouvement très dur qui s’opposait au vaccin contre la variole à Leicester en dépit de ses bénéfices manifestes. En fait, le sentiment anti-vaccin remonte aux origines même de cette technique : quand James Jurin a étudié la vaccination contre la variole et découvert qu’elle était associé à un taux de mortalité inférieur à celui de la maladie (vers 1720 ndt), ses données et conclusions statistiques ont été regardées avec beaucoup de suspicion.

En effet, la vaccination anti-variolique est même restée interdite en France jusqu’en 1769. Même quand après que Jenner ait mis au point une technique bien plus sûre au tournant du XIXème siècle, les intellectuels londoniens continuaient à s’y opposer farouchement.

Une caricature anglaise

Et dans un article du Scientific American de 1888, on peut retrouver des arguments tout à fait identiques à ceux que les anti-vaccinistes utilisent aujourd’hui :

Le « succès » des anti-vaccinistes a été bien démontré par les résultats obtenus à Zurich en Suisse, où jusqu’en 1883, une loi obligeait à se faire vacciner contre la variole, ce qui permis de ne pas enregistrer le moindre cas en 1882. Les anti-vaccinistes saisirent de ce chiffre pour faire valoir que cette loi n’était pas nécessaire et furent assez influents pour obtenir son retrait.
L’analyse des causes de mortalité pour cette année (1883) montre que sur 1000 morts, 2 étaient due à la variole ; en 1884 c’était 3 ; 17 en 1885 et 85 pour le seul premier trimestre de 1886.

De nos jours, le programme de l’OMS visant à éradiquer la polio de la surface de la Terre (un but qui a déjà été atteint avec la variole – exception faite de quelques éprouvettes dans des labos militaires) était sur le point de réussir jusqu’à ce que quelques imams d’une petite province du nord du Nigeria (Kano) commencent à prétendre que le vaccin faisait partie d’un plan des États-unis pour propager le SIDA et rendre stériles les femmes du monde islamique. Ils ont donc organisé un boycott qui s’est rapidement étendu aux 5 provinces avoisinantes.

Cela a déclenché une vaste épidémie de polio au Nigeria et dans les pays alentours, et malheureusement, encore bien plus loin. Il y a eu des flambées épidémiques au Yémen et en Indonésie, causant la paralysie à vie d’enfants, et les analyses du code génétique du virus ont montré que c’était la même souche qui était à l’œuvre, exportée depuis Kano.

Après tout, comme le dirait n’importe quel couple bobo-londonien-dubitatif-en-ce-qui-concerne-les-vaccins, ce n’est pas parce-que la vaccination a quasiment éradiqué la polio (une maladie débilitante encore endémique dans 125 pays en 1988) que ça veut nécessairement dire que c’est une bonne chose.

La diversité et le cloisonnement de ces peurs aident à illustrer la façon dont elles reflètent politiques locales et inquiétudes sociales, bien plus qu’une étude objective des faits. Car si le vaccin contre l’hépatite B, celui contre la polio ou le ROR est dangereux dans un pays, il devrait également l’être dans tous les autres. Et si ces inquiétudes étaient basées sur des faits réels, on peut imaginer que les journalistes en parleraient partout, notamment à notre époque où l’information circule à la vitesse de la lumière. Or ce n’est pas le cas.

Réponse d’Alec Duncan :

j’ai un problème avec l’affirmation qui veut que la rumeur autisme/ROR soit limité au Royaume-Uni. Elle est très présente ici en Australie, et est largement promue par des groupes tels que le (mal nommé) Australian Vaccination Network (Réseau Australien pour la Vaccination, un équivalent de Infovaccin ndt).

Résultat, le taux de vaccination au ROR a drastiquement chuté, particulièrement dans certaines parties de la Nouvelle Galles du Sud. Et, sans surprise, il y a eu deux flambées de rougeole dans des endroits où les gens se vaccinent moins.

De plus, les sites de réseaux sociaux comme Facebook sont utilisés pour répandre les mensonges et la désinformation des anti-vaccins. Il est rare que j’ai un jour sans un prétendu « poster d’information » plein des mensonges de ces dangereux illuminés sur mon mur Facebook.

Ces posters viennent du monde entier, de tous les groupes du style, pas simplement l’AVN. La puissance des réseaux sociaux pour répandre ces mensonges en quelques heures est étourdissante. On les voit naître et devenir viral à l’œil nu : des centaines de partages, des milliers de likes et une multitude de commentaires approuvant le message.

Le Net a changé : il fut un temps où on ne trouvait ces mensonges que sur les sites des anti-vaccins. C’était déjà trop mais au moins, ça ne touchait que ceux qui les cherchaient. Maintenant, c’est un lobby puissant et bien organisé qui les répand sur Facebook. Et ça veut dire que tous leurs contacts voient ces choses-là aussi.

Ces contacts ne sont pas forcément des anti-vaccins acharnés, ils ne sont probablement pas très convaincus. Mais plus ils voient ces posters, plus ils sont susceptibles de tomber dans le panneau : ils sont assez convaincants à première vue si on n’a pas quelques bases en sciences, et ils jouent sur les peurs des parents.

Il y a beaucoup de groupes et de pages Facebook qui essayent de contrer la désinformation mais malheureusement, ils n’ont pas la même audience ni la même influence. Et parfois ça me désespère.

Traduit de : http://www.badscience.net/2013/04/how-vaccine-scares-respect-local-cultural-boundaries

NDT : j’ai traduit également la réponse d’Alec Duncan car elle apporte un contrepoint intéressant en mettant en avant le rôle du web, rôle différent en France puisque le net francophone est moins développé (et que nous, frenchies, y sommes les pourvoyeurs majoritaires de ce type de publications). Se rappeler aussi que l’article date de 2013 et que certaines choses sont peut-être différentes maintenant….

Et j’ai trouvé dommage que l’auteur n’aborde pas l’ancienne rumeur qui prétendait que les vaccinés se transformaient en vache, je n’ai malheureusement pas réussi à retrouver de source originale mais c’est quelque-chose que l’on trouve assez souvent.

Plus d’infos :

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2 commentaires sur “Comment les peurs des vaccins respectent les cultures locales

  1. Krivine Jean-Paul
    8 mai 2015

    Comment peut-on contacter l’auteur de ce blog ?
    Merci

    J'aime

    • Maeelk
      9 mai 2015

      Bonjour, moi ou l auteur de l article original ? Si c est moi que vous voulez contacter, je vous envoie un mail. 😉

      J'aime

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Cette entrée a été publiée le 7 mai 2015 par dans Intermédiaire, et est taguée , , .
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