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"Faut pas croire tout ce qu'on voit sur le web" – Einstein

Non, le bio n’est pas forcément meilleur

Un des arguments les plus communs contre l’utilisation d’organismes génétiquement modifiés, et spécifiquement pour les OGM végétaux, est qu’ils permettent aux fermiers de pulvériser des produits chimiques « toxiques » pour éliminer les menaces (des insectes ravageurs aux mauvaises herbes) afin de maximiser le rendement à l’hectare.

Les sites anti-sciences postent souvent des images effrayantes montrant des agriculteurs en combinaison protectrice intégrale pendant qu’ils transportent ces produits chimiques tout en affirmant que ces combinaisons est bien la preuve que les produits sont toxiques et ne devraient pas être utilisés sur les récoltes. Ce sont souvent ces mêmes sites qui encouragent les gens à manger bio, car ces produits seraient plus sûrs, comparés aux cultures OGM.

Comme Alison Hudson le fait justement remarquer, « Oui la dose fait bien le poison« . N’importe quoi peut devenir dangereux si vous en consommez assez, et selon le produit concerné, cela peut ne pas être seulement la dose, mais également la fréquence à laquelle vous êtes exposé.

Si vous prenez 400mg d’ibuprofène (en vente libre sans ordonnance à ces doses aux États-Unis NDT) toutes les 4h pendant quelques jours, il y a très peu de chances pour que vous soyez victimes d’effets secondaires. Mais avec la même dose chaque heure, vous auriez de sérieux problèmes après quelques heures.

Ce n’est pas seulement la dose qui importe, mais la vitesse à laquelle votre corps métabolise (ou excrète) ce à quoi vous vous exposez.

En plus, la méthode d’exposition compte aussi : si vous mangez une poire, vous avalerez dans les 10-12mg de formaldéhyde et ça ne vous fait rien du tout (en fait vous en avez même besoin pour vivre) alors que si vous deviez respirer la même dose dans un temps aussi court, vous finiriez probablement aux urgences.

Si les aficionados du bio s’inquiètent des pesticides, ils devraient regarder plus attentivement les produits qu’ils soutiennent tant. Même si elle est un peu datée, une étude de 2005 avait montré que 95% des gens achetant des produits bio le faisait pour éviter les pesticides. Cependant, les études montrent constamment que les produits bio requièrent des doses plus importantes de pesticides et d’herbicides, et plus souvent que leurs équivalents conventionnels.

Ils devraient aussi regarder de plus près les doses : l’herbicide conventionnel le plus communément utilisé par les supporters du bio pour en discuter est le glyphosate (RoundUp). Cet herbicide est utilisé pour éliminer les mauvaises herbes envahissantes tandis que les gènes des cultures ciblés ont été modifié de façon à ce que le produit n’ait pas d’impact sur eux.

La LD50 (un moyen rapide d’estimer grosso modo la toxicité) chez le rat pour le glyphosate est de 5 600mg/kg, ce qui est supérieur au sel de table (qui est donc plus mortel).

La pyréthrine, un insecticide dérivé des chrysanthèmes, est utilisé dans l’agriculture bio. Or, selon la formulation utilisée, son LD50 varie de 200mg/kg à 2 600mg/kg. Toujours pas très dangereux mais plus que le glyphosate.

Si vous regardez la photo ci-dessous, vous n’allez sûrement pas penser à une exploitation « naturelle », et pourtant elle est tirée d’une vidéo de l’émission « The kids should see this » (les enfants devraient voir ça NDT) qui nous présente la culture du chou-fleur dans une ferme… bio !

La vidéo est d’ailleurs plutôt bonne et ne donne pas dans le bourrage de crâne sur comment le bio est « meilleur ».

Singulièrement donc, dans cette vidéo un exploitant pulvérise un insecticide et la présentatrice nous indique qu’il ne s’agit que de savon qui étouffe les insectes, avec dans l’idée que puisque ça n’est « que du savon », ça ne peut pas être dangereux. Et comme la page Facebook « We love vaccines and GMO » (on aime les vaccins et les OGM NDT) le fait remarquer, si c’est si sain, pourquoi est ce que le conducteur porte une combinaison intégrale ?

NDT : la page « We love vaccines and GMO » est à vocation parodique, la remarque est donc ironique et donc pas à prendre au premier degré.

Nous ne devons pas juger les produits chimiques en se basant sur des arguments comme « c’est naturel », une impression de dangerosité ou les appels à la peur de peudoscientifiques. Il faut réduire l’utilisation des pesticides et des herbicides, non pas parce-qu’ils sont « dangereux » mais parce-que moins on en utilise, moins on consomme d’énergie pour en produire, ce qui peut donc permettre de réduire in fine le coût de la nourriture.

NDT : la comparaison entre un insecticide et un herbicide est logiquement faussée (puisque nous sommes nous aussi des animaux et qu’il est parfaitement possible de s’empoisonner avec les deux, mais cet article n’a pas pour but de montrer que l’une ou l’autre agriculture est meilleure que l’autre mais que rien n’est jamais tout noir ou tout blanc.
La pollution des sols au cuivre par exemple est réelle (et on ne sait pas très bien comment la gérer) car même limité à 6kg/hectare, ce métal s’accumule au fil des ans et personne ne sait trop comment faire. Et le souci touche aussi bien vignerons bio que conventionnels (même si ces derniers peuvent utiliser d’autres fongicides) ce qui est – pudiquement – évoqué ci-dessous.

Traduit de Tell GMO Producers To Stop Being So Organic!

De nombreux commentaires ayant été faits sur un fil Facebook, n’hésitez pas à vous y référer.

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8 commentaires sur “Non, le bio n’est pas forcément meilleur

  1. johnpcmanson
    10 juin 2015

    Le bio n’est pas forcément sain. En effet, j’ai encore en mémoire le cas des sojas contaminés, en Allemagne en 2011, qui fit des victimes à cause de la bactérie Escherichia coli entéro-hémorragique. Les concombres espagnols avaient d’abord été suspectés à tort, la psychose entraînant une crise économique chez les producteurs espagnols. Le bio, un produit marketing soi-disant écolo mais pas si sain que ça…

    http://www.lejdd.fr/Societe/Sante/Actualite/L-Union-Europeenne-ferme-ses-portes-aux-graines-germees-de-fenugrec-impotees-d-Egypte-l-Espagne-reclame-80-millions-d-euros-354105

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  2. jerome
    28 juin 2015

    Le bio n’est pas forcément parfait, il y a des dérives, des erreurs, des escrocs, bien sur… mais il est BEAUCOUP PLUS SAIN de manger BIO (naturel
    ) que d’utiliser les produits dits conventionnels (comprendre: non naturels, avec pesticides, herbicides, OGM…). Nous ne sommes simplement pas fait pour nous nourrir avec ces produits chimiques, dont l’efficacité n’est pas tant dans le rendement (à peine 15% de production supplémentaire) que dans le fait de polluer dramatiquement nos sols et en nous rendant chroniquement malade. Manger bio est donc un acte pour la santé, mais c’est aussi un acte politique pour l’environnement; acheter, c’est voter.

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    • Maeelk
      28 juin 2015

      Bonjour Jérôme et merci de votre participation au blog. 🙂
      Alors, je crois que la différence entre conventionnel et bio est plutôt de l’ordre de 30% au niveau des productions (j’imagine que tout dépend de quoi on parle aussi, pour les animaux l’écart sera moins important par exemple).

      Pour ce qui est de l’impact sur la santé, je ne crois pas qu’il y en ait d’avéré pour le moment. Les articles sur lesquels j’étais tombé évoquent plus des bénéfices liés au degré de maturité de récolte (qui est meilleur en bio qui privilégie aussi pas mal les circuits courts et évitent donc les fruits « muris en camion »).

      La biodiversité est bien meilleure en bio évidemment.

      Pour ce qui est des maladies chroniques, les études sur la santé des agriculteurs mettent bien plus l’accent sur les TMS que sur les risques de cancer (et quand ils sont évoqués, c’est pour un pesticide lié à un cancer, on ne voit dans aucune étude apparaître l’équation pesticide = cancer).

      Vous pouvez faire le test d’ailleurs, en tapant dans un moteur de recherche « manger bio meilleur santé », la quasi totalité des résultats est orienté « non » ou dans le meilleur des cas « résultats pas réellement significatifs » (une étude de 2013 sur des drosophiles).

      Bref, tout ça pour dire qu’affirmer qu’il est « beaucoup plus sain » de manger bio est à l’heure actuelle faux (dans le sens où on ne peut pas l’affirmer).

      Et le Caps Lock n’y change rien. 😉

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      • Audrey J
        20 septembre 2016

        Bonjour,

        Je réagis à ceci :

        « Pour ce qui est des maladies chroniques, les études sur la santé des agriculteurs mettent bien plus l’accent sur les TMS que sur les risques de cancer (et quand ils sont évoqués, c’est pour un pesticide lié à un cancer, on ne voit dans aucune étude apparaître l’équation pesticide = cancer). »

        La Martinique détient le record mondial de cancers de la prostate, à cause d’un pesticide utilisé dans les champs de bananes.

        La plupart de mes proches agriculteurs qui travaillent dans ce milieu n’ont pas dépassé 65 ans.

        Quelques infos ici : http://www.atlantico.fr/decryptage/taux-record-cancer-mais-qu-est-qui-rend-hommes-martiniquais-malades-jean-francois-narbonne-2411600.html

        Vous trouverez facilement sur Google des infos sur ce pesticide, notoirement cancérigène et mortel, qui a tué et continue à tuer des dizaines de milliers d’agriculteurs notamment.

        Je vous recommande de ne manger que des bananes bio.

        Cordialement.

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        • Maeelk
          21 septembre 2016

          Hum oui, pardon je suis un peu ethnocentré dans mes réponses je l’avoue.

          Il peut bien évidemment y avoir des contre-exemples, c’est l’équation générale (pesticide égal forcément cancer) que je réfutais surtout.

          De toutes façons je suis contre les bananes en règle générale.

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    • 95-Polo
      13 août 2015

      Dans le bio on n’utilise pas de pesticides ; ah bon ???
      Visionner : https://www.youtube.com/watch?v=drh9KzVqMv0

      Vous y découvrirez que quelque 400 spécialités chimiques sont utilisées !

      Et pour ouvrir les yeux à certains :  » Hollande et Valls découvrent que les écologistes et les altermondialistes ont ruiné l’agriculture française  »

      Lire : http://www.atlantico.fr/decryptage/hollande-et-valls-decouvrent-que-ecologistes-et-altermondialistes-ont-ruine-agriculture-francaise-atlantico-business-jean-marc-2253776.html

      Les seuls aliments BIO dont vous pouvez être sûrs sont ceux que vous pouvez éventuellement produire ! Le reste, c’est du pipeau !!!

      Le business écolo est un business comme les autres … A chacun sa sensibilité …
      Je respecte, mais à la condition que l’on soit honnête.

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  3. mmm
    3 août 2015

    La concentration plus élevé en polyphénol dans les aliments bio est probablement bénéfique pour la santé.
    http://nutritionfacts.org/video/are-organic-foods-more-nutritious/

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  4. Pingback: Le bio sur la sellette pour de bonnes et de mauvaises raisons - Le Blog d'Albert Amgar - Un article de Le Blog d'Albert Amgar

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Cette entrée a été publiée le 5 juin 2015 par dans Intermédiaire, et est taguée , .
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