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L’injure faite à la Science et au Monde : Mbeki, le Sida et l’Afrique du Sud

Zeblon Gwala est un homme de 49 ans, à la voix rauque, qui a une vie onirique incroyablement riche. Pendant des années, il a été routier au long cours, sillonnant l’Afrique du Sud à partir de sa base, située à Durban.

Mais il gère un autre type d’entreprise maintenant. Il y a quelques années, Gwala a commencé à rêver de plantes : certaines nuits il en voyait une, d’autres deux, voire trois. Le grand-père de Gwala, qui est décédé alors que ce dernier était encore jeune, était un guérisseur traditionnel de village, et dans les rêves, il indiquait à Gwala quelles plantes collecter et où les trouver.

Gwala gardait une liste à côté de son lit et, une fois que celle-ci a atteint 89 ingrédients, son grand-père lui a enseigné comment diviser les herbes en deux groupes avant de les faire bouillir ensemble.

La décoction qui en résulterait, lui a assuré l’apparition, soignerait le SIDA, la maladie qui détruisait son pays.

Gwala a suivi les instructions, il a quitté son travail, transformé son garage en laboratoire et ouvert un dispensaire dans la banlieue de Durban situé entre un teinturier et un magasin de bricolage.

Il a accroché deux pancartes à coté de la porte : une avec « Docteur Gwala » inscrit dessus et l’autre indiquant « Clinique VIH et SIDA ». Il n’y a ni docteur, ni infirmière ou technicien médical dans cette étrange clinique, et juste un seul produit : de l’ubhejane, qui est le mot Zoulou désignant le rhinocéros noir.

Chaque jour, de 8h du matin à 16h – à moins qu’il ne tombe à court avant – Gwala vend de l’ubhejane dans des bouteilles de lait d’un litre. Il y en a deux sortes : les bouteilles avec un bouchon blanc contiennent une mixture d’herbes supposée reconstruire les système immunitaires ravagés par le virus du SIDA ; les secondes, avec un bouchon bleu, une potion pour réduire les niveaux de virus accumulés dans le flux sanguin.

Pendant une journée normale, jusqu’à cent personnes viennent à la clinique de Gwala, chacune payant l’équivalent d’une centaine de dollar – presque deux semaines de salaire – pour trente jours de traitement. Gwala prétend que le médicament n’échoue jamais.

Il indique aussi n’avoir aucune idée de comment il fonctionne. « L‘ubhejane protège le corps de tous les virus  » m’a-t-il déclaré lorsque je l’ai rencontré à sa clinique, l’automne dernier. « Je ne sais pas comment est-ce que cela marche. Je ne suis pas un scientifique. Mais ce que je sais c’est que des gens qui étaient à l’article de la mort retournent au travail. Cela les fait se sentir mieux, et ça leur rend la vie ».


NDT : il est important de garder à l’esprit lors de la lecture de ce qui suit que cet article date de Mars 2007. La situation ayant évoluée depuis.


L’utilisation d’ubhejane a été encouragée par le Minsitre de la Santé du Président Thabo Mbeki, Manto Tshabalala-Msimang et par le Directeur Général de la Santé, Tharmi Mseleku. Le ministre de la santé de la province de KwaZulu-Natal s’est également exprimée en faveur du remède et le maire de Durban a débloqué des fonds afin d’en acheter pour les patients d’un hospice non loin de la ville.

Le plus farouche promoteur de l’ubhejane, un professeur de sociologie à la retraite appelé Herbert Vilakazi, affirme que les médicaments anti-rétroviraux (ou ARV) – dont on a la preuve qu’ils sont les seuls traitements efficaces pour les millions de personnes infectées par le VIH – sont si toxiques qu’ils causent plus de mal que de bien.

Comme Mbeki lui-même, il semble convaincu qu’un traitement efficace au SIDA a bien plus de chance d’être trouvé au sein de la pharmacopée traditionnelle africaine que dans les composés chimiques vendus par une entreprise pharmaceutique de l’Ouest.

Pendant des années, Vilazaki, Mbeki et Tshabalala-Msimang ont employé des mots comme « nocifs », « toxiques » et « poison » pour décrire les ARV.

L’ubhejane est loin d’être le premier remède non testé que les dirigeant d’Afrique du Sud ont recommandé aux patients atteints du SIDA. Le Virodène, un puissant solvant industriel sans valeur médicale, a été adopté par Mbeki et sa suite, dès qu’il fut présenté par des chercheurs sud-africains en 1997.

Plus récemment, le Secomet V, un extrait de trèfle rouge, a fait un carton sur le marché, il est vendu sous le nom de Ithemba Lesizwe (L’espoir de la nation).

La ministre Tshabalala-Msimang, dont l’antipathie pour les traitements médicamenteux du SIDA a longtemps été un scandale international, n’a jamais caché son soutien à de tels remèdes.

L’été dernier, elle a stupéfait les participants d’une convention internationale sur le SIDA a Toronto en présentant un panneau de santé publique réalisé par le gouvernement et qui se concentrait sur les betteraves, l’huile d’olive, l’ail, le citron et des patates douces. Les ARV n’y ont été inclus qu’après de véhémentes protestations.

Dénier le consensus scientifique autour des causes du VIH et de comment le traiter n’est pas limité à l’Afrique du Sud, bien sûr. Le VIH lui-même est en procès devant la Cour Suprême d’Australie du Sud. L’année dernière, un homme de 35 ans qui avait eu des rapports sexuels non protégés avec 3 femmes – et en avait infecté une – en dépit du fait qu’il se savait séropositif a été déclaré coupable de mise en danger de la vie d’autrui.

Il a fait appel, prétendant que le VIH ne cause pas de maladie. Son principal témoin est Eleni Papadopulos-Eleopulos, physicienne médical au Royal Perth Hospital, qui affirme que le VIH n’a aucun rapport avec le SIDA. Le « Groupe Perth », le nom sous lequel elle et quelques autres dénialistes du VIH sont connus, a prétendu pendant plus de 20 ans que le virus n’a jamais été isolé ou identifié correctement. Papadopulos-Eleopulos et ses collègues insistent sur le fait que le SIDA, chez les hommes homosexuels, résulte d’abus de drogues et d’une exposition répétée au sperme.

Le mois dernier, le Président de la Gambie, Yahya Jammeh, a dévoilé qu’il avait découvert un remède secret au SIDA et a annoncé qu’il commencerait à soigner le SIDA les jeudis et l’asthme les samedis.

Le déni du SIDA joue un rôle ravageur dans les politiques de santé de beaucoup de pays, mais nulle part les dommages n’ont été aussi extrêmes ni persistants qu’en Afrique du Sud. Cinq millions et demi de personnes, dans ce pays qui en compte 48 millions, sont infectées par le VIH, ce qui fait de l’Afrique du Sud le pays touché par la plus meurtrière épidémie de SIDA au monde, et cela quel que soit le standard épidémiologique adopté. Près d’une centaine de personnes meurent du SIDA chaque jour là-bas et au moins deux fois autant sont infectés. Entre 1997 et 2004, la mortalité dûe à des maladie infectieuse a plus que triplé chez les hommes et a été multiplié par 5 chez les femmes – et ces chiffres étaient déjà parmi les pires au monde en 1997.

Le pays, même si il n’est pas riche, possède l’économie la plus importante de toute l’Afrique subsaharienne et c’est l’un des rares qui continent qui pourrait se permettre de payer des traitements ARV à tous ces gens qui en ont besoin. Aujourd’hui, seulement 200 000 personnes en reçoivent.

Récemment, il y a eu des indices montrant que le gouvernement pourrait être ouvert à une nouvelle approche. L’automne dernier, l’Adjoint au Président d’AFrique du Sud, Phumzile Mlambo-Ngucka, un dirigeant progressiste et modéré, s’est affirmé comme l’un des plus importants porte-parole du gouvernement sur le SIDA – en partie, semble-t-il, parce-que la Ministre de la Santé de Mbeki, Tshabalala-Msimang est tombée sérieusement malade.

Depuis les tous débuts de sa nomination, en 1999, Tshabalala-Msimang a été l’une des plus controversée et polarisante responsable de santé publique au monde. Elle et son mari, Mensi Simang, un des éléphants de l’African National Congress – le parti au pouvoir – sont devenus proches de Mbeki dans les années 1960, lorsque l’ANC était exilé en Zambie.

Le nouveau rôle de Mlambo-Ngucka a été accueilli avec prudence, car Mbeki était proche du dénialisme du SIDA dans le passé. En 2002, le cabinet a pris une initiative inhabituelle en affirmant officiellement que le VIH cause le SIDA. L’année suivant, le gouvernement a annoncé une politique claire – et à long terme – sur le SIDA, elle n’a cependant jamais été complètement mise en place.

La cabinet a également enjoint Tshabalala-Msimang à rendre les traitements contre le SIDA accessibles au public. Elle ne s’est exécutée qu’après que l’une des plus hautes cours d’Afrique du Sud n’ait dit qu’elle le devait, et les progrès ont été lents.

Mbeki, un économiste et l’un des leaders africains les plus respectés, n’a jamais renié les idées qui veulent que les médicaments contre le VIH sont une invention de l’Ouest visant à mutiler les africains. En 2000, la presse annonçait que Mbeki avait insinué que la CIA était impliquée dans la propagation de la croyance que le VIH cause le SIDA.

Avec le soutien du gouvernement, les cliniques comme celle de Gwala prospèrent. Le jour où j’y étais, une vieille femme est entrée en portant sur son dos un bébé entourée d’une couverture, comme un papoose. La mère du bébé était morte du SIDA peu de temps après lui avoir donné naissance et son père avait succombé à la maladie avant même qu’elle voit le jour.

« Je suis tout ce qu’il lui reste » m’a indiqué la vieille femme – sa grand-mère – « Tous les autres sont morts« . Elle m’a dit qu’elle était à la clinique car elle avant confiance dans le Président Mbeki et qu’elle suspectait que les médicaments des grandes entreprises de l’Ouest ne sauveraient pas sa petite-fille ; elle connaissait trop de gens qui étaient morts.

« les gens qui veulent prendre des ARV peuvent les prendre » m’a soutenu Gwala tout en regardant sa femme ranger bouteille d’ubhejane après bouteille d’ubhejane. « Mais ils ne soignent rien. Les effets secondaires sont comme du poison et les gens sont de plus en plus malades. L’ubhejane ne fait de mal à personne. Et ça marche, je peux le ressentir. Je sais que je ne suis pas scientifique, mais regardez tous ces gens : ils ont de l’espoir maintenant, alors qu’avant ils n’avaient rien ».

En 19787, trois avant après que des chercheurs français et américains aient annoncé que le SIDA était causé par le VIH, un éminent biologiste moléculaire nommé Peter Duesberg a publié un article dans le journal Perspectives in Cancer Research un article intitulé « Les rétrovirus en tant que carcinogènes et pathogènes : espérances et réalités » dans lequel il prétendait que que HIV ne causait pas le SIDA.

Duesberg avait grandi en Allemagne et avait fait ses études là-bas et en Suisse. Il avait été parmi les premiers, dans les années 70, à découvrir qu’une classe particulière de virus – un type de rétrovirus – portaient des gènes capables de transformer des cellules normales en cellules cancéreuses. Les recherches de Duesberg ont établi sa réputation internationale et lui ont permis d’obtenir une chaire à l’Université de Californie de Berkeley.. En 1986, il fut invité à rejoindre l’Académie Nationale des Sciences et fut même mentionné comme un possible récipiendaire d’un prix Nobel.

Sans les recherches de Duesberg, il n’y aurait peut-être pas eu d’avancées significatives dans le traitement du Sida. Dans les années 80, Robert Gallo, le chercheur américain qui partage avec le professeur français Luc Montagnier le mérite (négocié) de la découvert du virus du SIDA, tenait Duesberg en haute estime.

En le présentant lors d’une conférence scientifique, il annonça « Il fut parmi les premiers, ou peut-être même le tout premier » à caractériser la structure des virus. « Il fut impliqué dans les premiers travaux qui ont fourni une carte génétique des rétrovirus ».

Les rétrovirus peuvent causer de graves maladies, y compris certains cancers, mais ce n’est pas avant 1983, lorsque des chercheurs français ont réalisé une biopsie sur les ganglions lymphatiques d’un homme homosexuel qui était subitement tombé malade, que des anticorps spécifiques à un rétrovirus furent trouvés. Pendant plus d’une centaine d’années, la présence d’anticorps contre une maladie avait été interprétée comme une bonne nouvelle : les anticorps sont des protéines que le système immunitaire utilise pour parer aux attaques des virus et bactéries tandis qu’ils circulent dans le flux sanguin. Si vous avez des anticorps contre la varicelle ou la rougeole, cela signifie que votre système immunitaire est prêt à combattre ces maladies.

C’est comme cela que la plupart des vaccins fonctionnent : ils entraînent les cellules sanguines à sécréter les anticorps spécifiques nécessaires pour reconnaître et surmonter une infection.

Mais le VIH est une forme de virus totalement nouvelle qui ne s’attaque pas simplement aux cellules : elle prend le contrôle de la totalité du système immunitaire.

Au début, les scientifiques se demandaient si la maladie n’était pas exclusivement due au style de vie des personnes qui en étaient atteintes. En 1984, cependant, la corrélation entre infection par le VIH et développement d’un SIDA était devenue difficile à ignorer. « Chaque fois que le VIH était découvert, le SIDA était présent ou en passe de l’être » écrit Gallo dans Chasser le virus, son livre de 1991 racontant la découverte du SIDA. « Réciproquement, pas de VIH – pas de SIDA ».

Des centaines d’études ultérieures confirment cette affirmation. D’autres maladies comme la malaria ou la tuberculose peuvent hâter le déclin des personnes infectées, tout comme la malnutrition ; mais si vous n’avez pas le VIH, vous ne pouvez pas avoir le SIDA.

Tandis que la plupart des scientifiques se convainquaient que le VIH était la cause de l’épidémie et que, pour la première fois, un médicament, l’AZT, se montrait efficace pour interférer avec le virus directement, Peter Duesberg persistait à dire que le VIH n’avait rien à voir avec le SIDA.

Dans son article original de 1987, et dans plus d’une douzaine depuis, Duesberg a affirmé que le VIH est bénin, rien de plus qu’un virus « passager » – l’un des milliers d’organismes qui vivent en et avec nous, sans jamais causer de dommages ni quo que ce soit qui nous permette de remarquer leur existence. « Prétendre que le VIH cause le SIDA est politiquement correct, socialement bien vu et très, très rentable » a déclaré Duesberg à un journaliste il n’y a pas très longtemps, ajoutant que même dans « le plus libre des pays, comme Georges W. Bush appelle les États-Unis, les non-conformistes sont excommuniés, que ce soit à un niveau social ou scientifique ».

Duesberg prétend que les drogues récréatives sont ce qui détruit le système immunitaire, pas un rétrovirus. Il croit qu’il virus ne peut pas être la cause d’une maladie si la maladie ne devient apparente que des années après l’infection initiale. Typiquement, les virus rendent les gens malades peu de temps après les avoir infecté, avant que leur système immunitaire ne réponde.

Avec le VIH, plus d’une décennie peut se passer entre le moment où une personne est infectée et celui où elle tombe effectivement malade. Duesberg a également écrit qu’aucun virus ne peut causer de maladie après que le corps ait commencé à produire une réponse immunitaire adaptée.

Il soutient que pour prévenir le SIDA – et même pour le guérir – il est seulement nécessaire de manger correctement et de s’abstenir de prendre des drogues nocives. En 1998, lui et un de ses collaborateurs, David Rasnick, ont écrit « Toutes les infections épidémiques du passé, telles que la polio, le choléra, la tuberculose, la variole et la syphilis ont longtemps été maintenues sous contrôle, voire même éliminées, pour une fraction du coût du SIDA et ce avec une technologie bien moins sophistiquée que ce qui est maintenant disponible« .

Le focus sur le VIH, a prétendu plus tard Rasnick, est « la plus grosse gaffe scientifique et médicale du Xxème siècle » ; les centaines de milliers de chercheurs qui ont dévoué leur vie à traiter le virus auraient donc gaspillé leur temps et des milliards de dollars.

A force de volonté, Duesberg a fondamentalement inventé le mouvement « dissident » du SIDA et reste un de ses plus farouches défenseurs. Pendant des années, il a maintenu que, puisque les anticorps sont généralement le signe que notre système immunitaire fait son boulot, tout ceux qui sont déclarés séropositifs devraient être contents. En 1988, dans un effort pour jeter à bas les théories de Duesberg, l’Americain Foundation for AIDS Research a sponsorisé un forum scientifique, à Washington, D.C., sur l’origine de l’épidémie. L’un après l’autre, les chercheurs ont présenté des données liant la hausse des infections au VIH dans le monde à une augmentation du nombre de cas de SIDA. Duesberg a complètement rejeté les données.

C’était à une époque où, aux États-Unis, le SIDA était largement vu comme une condamnation à mort et certaines personnes s’étaient même suicidées après avoir appris qu’elles étaient infectées. Anthony Fauci, le principal expert sur le SIDA du gouvernement fédéral, était resté assis en silence des heures durant. Lui qui était habituellement le plus circonspect des scientifiques a fini par craquer : « C‘est un meurtre » a-t-il déclaré après avoir écouté le discours de Duesberg, « c’est aussi simple que ça ».

Duesberg en était venu à espérer de telles réponses. On lui avait demandé une fois combien de temps il faudrait pour que l’establishment scientifique reconnaisse qu’il avait tort à propos du HIV et il avait répondu « Il a fallu à la très établie et influente église catholique 400 ans pour comprendre Galilée » avant de continuer qu’il faudrait à la communauté scientifique « l’église des Xxème et XXIème siècles » au moins aussi longtemps.

La communauté des dissidents du SIDA est petite mais son impact ne l’est pas. Le climat dans lequel la médecine est pratiquée a énormément changé depuis le début de l’épidémie ; les autorités médicales ne sont plus aussi respectées et les compagnies pharmaceutiques sont de plus en plus dépeintes comme des criminels. Internet a permis à toutes les théories conspirationnistes de prospérer. Il y a trois versions basiques du crédo des dénialistes du VIH. Le premier émerge de la conviction de Duesberg que le VIH ne cause pas le SIDA.

Le second prétend que, même si le virus est dangereux, les risques liés aux ARV surpassent de loin les bénéfices attendus : les médicaments pour le SIDA seraient des poisons prescrits par des médecins corrompus par l’industrie pharmaceutique. On a pu montrer que l’argument du « poison » est faux au long de centaines d’études à travers le monde et incluant des hommes, des femmes, des enfants, des consommateurs de drogues ou encore des homosexuels.

Finalement, et de manière plus pernicieuse, il y a ceux qui voudraient que l’Afrique sub-saharienne – où vivent près des deux tiers des personnes infectées et où plus de 20 millions de personnes en sont mortes – ne soit tout simplement pas touchée par une épidémie de SIDA. Au lieu de cela, ils incriminent la malnutrition ou l’absence d’eau potable – des facteurs qui peuvent certainement aggraver les effets du SIDA mais pas les causer.

Sur Internet, où tout le monde peut se proclamer expert; les sites de rumeurs peuvent rendre toutes ces théories plausibles, particulièrement aux yeux d’une génération qui n’a pas été bien éduquée aux dangers du VIH. Un site virusmyth.com (adresse url volontairement modifiée NDT) contient plus d’un milliers de pages et sa page d’accueil comporte une illustration montrant des dollars se déversant d’un virus du SIDA. Il y a une photographie du président Mbeki ainsi qu’un appel aux armes « Soutenez le Président Mbeki pour découvrir la vérité sur le SIDA ».

L’influence de Duesberg a encore grandi quand Mbeki, peu de temps après avoir succédé à Nelson Mandela à la présidence en 1999, a découvert son travail en surfant sur Internet. Mbeki avait répondu sévèrement lorsque des gens l’avait critiqué pour soutenir Duesberg. « Je suis aussi surpris que de nombreuses personnes, qui affirment être scientifiques, soient déterminées à museler débats et interrogations parce-que la majorité du monde pense la même chose » écrit Mbeki en 2000. « Grâce à l’utilisation de la baguette magique que sont les moyens de propagandes modernes, un régiment entier d’éminents scientifiques dissidents est balayé de la vue du public, laissant un Peter Duesberg solitaire, seul sur le champ de bataille à se battre follement contre des moulins à vent ».

Pour Mbeki et bien d’autres sud-africains, leur vision du monde s’est construite autour de leur lutte contre l’apartheid et il est compréhensible qu’il leur soit difficile de voir des blancs en blouse de labos comme des gens qui veulent les aider. Dans le passé, de nombreux vaccins et médicaments ont été testés sur des africains et n’ont pu être validé comme efficaces que du fait de leur aide. Mais les médicaments sont souvent bien trop chers pour que les pays africains puissent les acheter.

Les américains cherchent des solutions médicales à des problèmes qui les touchent – que ce soit la chute des cheveux, le cancer, le SIDA ou toutes les maladies qui sont liées au fait qu’ils mangent trop.

Mbeki invoque le fait que ce dont les gens ont besoin est une nourriture décente et de l’eau potable. « Vous ne pouvez pas dire que la solution pour un corps en bonne santé réside dans les médicaments » a-t-il déclaré devant le Parlement en 2004. « Votre première réponse est un régime alimentaire sain. La Ministre de la Santé – Tshabalala-Msimang – répète cela tous les jours et qu’est ce qu’ils font : ils se moquent d’elle. C’est comme si elle n’était qu’une folle descendue de la Lune ».

Mbeki ne s’intéresse que rarement aux solutions scientifiques à l’épidémie de SIDA. Au lieu de ça, il se concentre sur la politique et les injustices faites aux africains. Lors de ses premières années au pouvoir, Mbeki était ouvertement hostile à l’idée même du VIH. En 2000, après qu’il ait mis en place un groupe de conseillers au Président, qui incluait Duesberg et d’autres dénialistes, chargé d’étudier les causes du SIDA, il a été si brutalement rejeté par les leaders mondiaux et les professionnels de santé publique qu’il a quasiment arrêté de parler du problème.

Mais, avec Tshabalala-Msimang comme porte-voix, Mbeki a depuis pressé les africains de se détourner de la médecine sur laquelle s’appuyait le reste du monde. Récemment, cependant, alors qu’il semblait faire machine arrière et que les officiels de la santé publique étaient autorisés à parler au nom du gouvernement, il a également créé une nouvelle commission sur les médecines traditionnelles africaines et a placé à sa tête Herbert Vilazaki, l’académicien sud-africain notoirement connu pour son dédain à l’encontre de la médecine de l’Ouest.

Vilikazi est un professeur de sociologie à le retraite qui a enseigné, entre autres, à l’Université de Cape Town, et sa garde-robe est à l’avenant : blazer bleu impeccable, chemise oxford à col boutonné, pantalon gris clair. Il vit dans une maison de bonne tenue, pleine de livres, dans l’une des communautés fermées les plus en vue de Pretoria. Il est né dans le Zululand mais a passé ses années d’adolescence à H artford, Connecticut, et a reçu ses diplômes universitaires à l’Université de Columbia.

Il croit que la longue tradition de la médecine africaine a été ignorée par les scientifiques de l’Ouest car les africains sont noirs – une idée que partagent de nombreux scientifiques en et en-dehors de l’Afrique. Il va cependant plus loin : « L’Ouest tient tout simplement pour acquis que l’esprit de l’humanité n’était rempli que d’erreurs, de bêtises, d’illogismes et de superstitions avant que n’émergent les Blancs et leur esprit supérieur » a-t-il écrit récemment. « L’Ouest a ensuite entrepris de commencer, avec une incroyable déraison, à entasser la pensée scientifique moderne, en utilisant la fameuse méthode scientifique et la méthode de l’expérimentation formulées durant la ‘Révolution Scientifique’ sans montrer le moindre respect pour les connaissances accumulées par les africains, les asiatiques et les natifs américains ».

Vilazaki croit que la société occidentale a transformé la méthode scientifique en fétiche. « La médecine orthodoxe a atteint un cul-de-sac » m’a-t-il asséné. « Il y a les preuves manifestes et les preuves qui viennent des labos. Il y a énormément de gens qui se fient aux preuves manifestes : une personne a de terribles douleurs arthritiques, un vieil homme lui donne des plantes et elles disparaissent. On ne peut pas dire que les seules choses qui comptent viennent des labos de l’Ouest ».

Personne ne nie que les remèdes traditionnels jouent un rôle important en médecine : l’aspirine est une forme moderne de l’écorce de saule et des milliers d’autres médicaments ont des plantes pour base. L’artémisine, qui, lorsqu’elle est utilisée en combinaison avec d’autres médicaments est le meilleur traitement actuel pour la malaria, est dérivée d’une plante qu’ont utilisé les chinois pendant des milliers d’années. Néanmoins, la plupart des chercheurs diraient que toute thérapie potentielle – naturelle ou synthétique – doit être soumise à le rigueur des tests et analyses.

Vilazaki n’est pas d’accord : « Prenez Gwala par exemple ». Vilazaki, qui n’a pas de formation dans le domaine médical, a aidé l’ancien chauffeur routier à rencontrer d’importants membres des organismes de santé gouvernementaux, y compris Tshabalala-Msimang. Il a également témoigné devant le parlement en faveur de l’ubhejane. « J’ai vu personnellement des centaines de gens prendre de l’ubhejane, et guérir ensuite » affirme-t-il. « Tout c’est que je dis c’est de regarder les résultats, tout comme pour l’utilisation d’ARV ».

« La situation en Amérique est une situation d’intolérance » poursuit-il sans jamais élever la voix. « Il y a les ARV. Une seule approche pour traiter cette maladie mortelle est permise. Vous n’êtes pas autorisé à parler de quoi que ce soit d’autre ». Il pense que les gens sont obsédés par le fait de savoir si le HIV cause le SIDA mais qu’ils considèrent de telles discussions comme étant « totalement académiques et inutiles pour le traitement des personnes malades ». Il continue « Soyons honnête, qui bénéficie des ARV ? Des centaines de millions de dollars américains ont été dépensés en recherches et il faut un retour sur investissement. C’est la première règle des industries pharmaceutique et elles terrorisent leurs adversaires. Très franchement, en Amérique, il y a une littérature officielle – et il y a beaucoup de gens dans le communauté afro-américaine qui pensent qu’il y a une conspiration et que peut-être le racisme a beaucoup à voir avec ça. Pourquoi, par exemple, les SIDA est-il le plus gros problème qui existe en Afrique ? Vous commencez à vous demander si il y a une sélection sociale pour cette maladie. Ce n’est pas une coïncidence si l’Afrique est le continent le plus pauvre au monde ? Vous avez déjà pensé que peut-être il est dans l’intérêt de certaines personnes que les choses restent comme elles sont ? ».

Un matin, je suis allé faire un petit voyage à partir de Cape Town jusqu’à la plus grande commune de la région, Khayelitsha, pour rendre visite à Marta Darder, une médecin travaillant là -bas pour Médecins Sans Frontières. C’était une journée fraîche et les hauts plateaux de table Mountain étaient baignés dans la douce lumière de l’hémisphère Sud, tout comme le port, plein de bateaux de touristes et de chalutiers.

Pendant ces cinq dernières années, Darder s’est battue pour que le demi-millions de résidents de la commune aient accès aux médicaments contre le VIH que le gouvernement avait promis de fournir. « Nous avons eu tellement de personnes qui juraient avoir un remède au SIDA » indique-t-elle. « Généralement, ils étaient ignorés, mais il n’y a jamais rien eu qui ressemblait à Matthias Rath. Sa stratégie, son pouvoir et ses relations étaient incroyables. Il savait comment jouer du businesse et de la politique en Afrique du Sud ».

Rath est un médecin allemand et un entrepreneur de la santé qui pressait les gens de substituer des doses incroyablement fortes de multivitamines à leurs thérapies éprouvées comme l’AZT. Il a des bureaux aux États-Unis, en Allemagne, en Hollande et en Afrique du Sud (le co-auteur de Duesberg, David Rasnick, avait travaillé avec lui dans ce dernier pays). Rath croit que de fortes doses de vitamines et de micronutriments – qu’il vend sur Internet – peuvent guérir du SIDA (ainsi que des maladies cardiaques, du cancer, du diabète et de bien d’autres maladies). Il a fait paraître des publicités dans plusieurs journaux d’actualités, y compris le New York Times et l’International Herald Tribune, s’insurgeant contre les compagnies pharmaceutiques et adjurant les gens de cesser d’utiliser leurs produits.

Ses publicités apparaissent quasiment toujours en-dessous de gros titre comme « Pourquoi l’Afrique devrait-elle continuer à être empoisonnée par l’AZT ? » ou « Arrêtez le génocide par le SIDA du cartel des médicaments ». Sur son site web, qui indique « La fin de l’épidémie de SIDA est proche », il déclare :

Jamais auparavant dans l’histoire de l’Humanité, un plus grand crime n’aura été commis que le génocide organisé par le cartel des produits pharmaceutiques dans l’intérêt des investissement de multi-milliards de dollars dans les maladies. Des centaines de millions de gens sont morts inutilement du SIDA, du cancer, de maladies cardiaques et d’autres maladies évitables et la seule raison pour que ces épidémies continuent à hanter l’humanité est qu’elles sont un marché de multi-milliards de dollars pour le cartel des produits pharmaceutiques.

Il y a quelques années, Rath a commencé à distribuer ses produits multivitaminés dans certaines des communes les plus pauvres du pays, y compris Khayelitsha. Selon les docteurs présents là-bas, des membres de l’équipe de Rath ont conseillé à des patients séropositifs d’éviter de prendre les anti-rétroviraux et affirmé que leurs vitamines les soigneraient ou éviteraient de futures maladies. Rath a été critiqué lors de déclarations publiques par de nombreuses organisations, incluant UNAIDS (l’organisation des nations Unies pour la lutte contre le SIDA NDT), la South African Medical Association et la Southern African HIV Clinicien Society. Aux États-Unis, la FDA (administration de contrôle des médicaments et aliments NDT) a informé Rath qu’elle considérait que que les publicités présente sur son site était de nature à induire les gens en erreur.

Je suis allé dans les bureaux de Rath, à Cape Town qui occupaient deux étages de l’un des immeubles les plus chers de la ville. Il n’était pas là. J’ai essayé de le joindre sur trois continents mais ni lui ni aucun de ses associés n’ont répondu à mes appels ni ne se sont rendus disponibles pour une interview. Peu de temps avant que cet article soit publié, cependant, Rath a commencé à faire paraître de longues lettres ouvertes à l’éditeur du New Yorker sur son principal site web.

Il y affirmait, faussement, que la plupart des médicaments anti-rétroviraux son dérivés de ceux utilisés en chimiothérapie. Il y continuait également ses attaques contre l’industrie pharmaceutique, et dans une lettre affirmait, en dépit de son refus de me parler, que « la possibilité d’un contrôle naturel de l’épidémie de SIDA avait déclenché […] un débat [historique] entre le New Yorker et le Dr rath » lequel avait, disait-il « généré un intérêt au niveau mondial ».

Rath semble ne plus passer trop de temps en Afrique du Sud. Début 2005, il a conduit une étude clinique sans support médical sur des patients de Khayelitsha qui prenaient ses compléments multivitaminés. En juin, il a tenu une conférence à Cape Town et affirmé que l’étude avait démontré que « le développement du SIDA peut être inversé naturellement ».

Peu de temps après que Rath se soit montré en Afrique du Sud se souvient Marta Darder « tout le monde savait qui il était et ce qu’il faisait. C’était incroyable. Ses pilules ressemblaient à des ARV. Elles avaient la même forme et la même couleur. Ils disaient aux gens d’en prendre 15 ou plus par jour ». (Rath a rejeté ces accusations). Darder persiste « le gouvernement aurait pu l’arrêter, il ne l’a jamais fait ». Darder a passé de nombreuses heures de travail à convaincre les résidents de Khayelitsha, qui vénèrent l’ANC, que leurs leaders les avaient induit en erreur.

« C’était complètement dégoûtant » dit-elle. Elle et ses collègues de Médecins Sans Frontières ont fait ce qu’ils ont pu pour contrer les fausses informations venant du gouvernement. « Ca a pris des mois et nous essayions de d’aider les gens » se rappelle-t-elle. « Pour nous, c’était une diversion incroyable, une monstrueuse perte de temps. Et cela a coûté des vies. Mais nous devions le battre, et au mois ici, nous l’avons fait ».

Le Directeur Général de la Santé d’AFrique du Sud, Thami Mseleku, voit tout cet épisode comme quelque-chose où un homme intègre a été empêché de fournir à des gens le type de soin de santé dont les africains ont vraiment besoin. « Quel a été le crime de Rath exactement ? » m’a demandé Mseleku lorsque je l’ai rencontré à son bureau, adjacent au Parlement. Une semaine plus tôt, il y avait eu des auditions ici sur l’état du traitement du SIDA en Afrique du Sud, de nombreux chercheurs éminents ont témoigné, ainsi que Zeblon Gwala et Herbert Vilazaki.

Lorsque Vilazaki a commencé son discours habituel sur comment les grandes promesses portées par la médecine traditionnelle ont été sapées par « les scientifiques et les autres acteurs économiques impliqués », de nombreux parlementaires ont acquiescé avec enthousiasme.

« Ce mec, Gwala, a le droit d’être entendu au Parlement, tout autant qu’un docteur » argue Mseleku, « et ce n’est pas promouvoir la démocratie que de prétendre le contraire ». Mseleku est un homme imposant, au corps massif avec de courts cheveux frisés. Il portait une chemise à carreaux jaune et un costume bleu et plusieurs fois durant la conversation, il a bondi prestement de son bureau pour déambuler dans la pièce : « Chaque citoyen est égal devant la loi, que ce soit un médecin, le Président ou un chauffeur routier. Vous savez, Gwala ne va pas arrêter de fabriquer de l’ubhejane et les gens ne vont pas arrêter de s’en servir. Donc, il faudrait que nous les mettions en prison pour les arrêter et comment pouvez-vous mettre en prison des gens qui font ce qu’ils ont le droit de faire ? ». Une fois de plus, il s’est levé de son siège « Je suis africain et je ne le condamnerai jamais » déclare-t-il.

J’ai lui demandé qu’est ce qui pourrait aider à décider si oui ou non un traitement médical avait une valeur et suggéré que la formation – en médecine et non comme chauffeur – pourrait être une bonne idée pour déterminer qui devrait pouvoir pratiquer la médecine.

« C‘est parce-que vous venez de l’Ouest, avec un point de vue » a-t-il répliqué. « Et vous pensez que c’est le seul point de vue que l’on peut avoir, mais en Afrique du Sud, nous sommes plus ouverts que ça ».

Qurraisha Abdool Karim, une belle femme avec un peu de gris pointant à travers ses cheveux noirs, est un professeur d’épidémiologie à l’École de Médecine Nelson R. Mandela, à Durban. Elle est également membre de la faculté de l’Université de Columbia et conseillère à l’OMS, UNAIDS et d’autres groupes similaires. Lorsque Nelson Mandela est devenu président,, il a placé Abdool Karim à la tête du Programme Sud-Africain pour le SIDA et elle a passé presque deux ans à Prétoria. Une fois Mbeki élu, cependant, elle est retournée à sa vie académique. Elle et son mari, également épidémiologiste à l’université, tiennent une clinique et un établissement de recherche dans un village à l’ouest de Durban.

La politique progressiste d’Abdool Karim a été remise en question peu de temps après que Mbeki arrive au pouvoir. Tshabalala-Msimang est allée en délégation en Ouganda et a examiné une étude appelée H.I.V.Net, qui avait mis en évidence que juste quelques doses de Nevirapine, un anti-rétroviral, administrées aux femmes enceintes au début du travail, puis à l’enfant au cours des trois premiers jours de vie, réduisaient drastiquement le risque de transmission du virus. Le traitement est peu cher et facile à mettre en place, et est maintenant utilisé dans tous les pays en voie de développement. Il a sauvé des centaines de milliers d’enfants.

Mais pas en Afrique du Sud. « Lorsque Tshabalala-Msimang est revenue, nous avons commencé à entendre des discours du type de ceux de Duesberg » se souvient Abdool Karim. « Cela a été le début de la spirale infernale » – qui s’est terminée avec le désastre de la XIIIème Conférence Internationale sur le SIDA. « C’est là que nous avons touché le fond ».

En réponse aux nombreux arguments et problèmes dénialistes soulevés par Mbeki et d’autres, plus de cinq-cent chercheurs, qui s’étaient réunis à la conférence, ont rédigé l’un des documents les plus tristes de l’histoire scientifique moderne, la Déclaration de Durban, qui déclarait que les preuves que le VIH cause le SIDA sont « claires, exhaustives et dénuées d’ambigüités » et rencontrent « les plus hauts standards de la Science ».

Tshabalala-Msimang a qualifié le document « d’élitiste » et le porte-parole de Mbeki a déclaré qu’il trouverait rapidement « le chemin de la corbeille à papier ». « C’était tellement, tellement déprimant » se désole Abdool Karim « le monde entier était là, à Durban, pour cet incroyable événement, mais c’est revenu à prêcher dans le désert ».

« Mbeki formule son opposition au HIV d’une façon que certains pourraient qualifier de raciste » continue-t-elle. « Je préfèrerais dire qu’il veut être vu comme un africaniste – et cela peut signifier beaucoup de choses. Mais une partie de cela revient à chercher une solution indigène à ce qui semble être un problème indigène. C’est très bien, mais notre système de santé est basé sur sur les fondations de la médecine occidentale. Nous avons les mêmes programmes de vaccinations pour les enfants que vous avez. Les nôtres ont peut-être même une couverture encore plus étendue. Nous gérons l’hypertension, les problèmes cardiaques et le cancer de la même façon que vous. Nous lisons le New England Journal of Medicine. Nous avons la tuberculose, nous avons la malaria. Pourquoi est-ce qu’on ne l’entend pas le dire. Où sont les solutions indigènes à ces maladies ? ».

En septembre dernier, alors que j’étais à Cape Town, quatre-vingt huit des scientifiques les plus accomplis au monde ont envoyé une lettre à Mbeki, demandant à ce que Tshabalala-Msimang soit renvoyée. Mbeki avait déjà ignoré de telles demandes auparavant.

« Nous devrions agir en fonction de ce que nous savons » s’emporte Abdool Karim « et ce que nous savons est très grave ». Non seulement le taux de mortalité augmente rapidement, mais l’âge de ceux qui meurent n’arrêtent pas de baisser. Pour la première fois, la mortalité chez les trentenaires et les quarantenaires a dépassé celle des gens âgés de 60 à 79 ans. Dans ses études, Abdool Karim a pu montrer que 30% des femmes âgées de moins de 20 ans sont infectées. « Pour celles qui ont entre 20 et 25 ans » indique-t-elle « le taux est de 54%. Ensuite cela ne fait qu’augmenter : 66% des femmes entre 25 et 30 ans sont infectées. » Elle enlève ses lunettes pour s’essuyer les yeux « quand vous regardez après trente ans, elles sont toutes mortes ».

Ce mois-ci, Nozizwe Madlala-Routledge, l’adjoint du Ministre de la Santé, est venue me voir à Cape Town. Elle et sa patronne, Tshabalala-Msimang, ne pouvaient pas être plus en désaccord sur la façon de comment répondre à l’épidémie. Ancienne ministre adjointe à la défense, Nozizwe, comme tout le monde l’appelle est une femme forte et chaleureuse qui a tout de suite placé un ruban de perle « SIDA » à mon revers. « Vous êtes de New York et aujourd’hui c’est le 11 septembre, alors vous êtes notre frère ».

Nous sommes allé à un salon à mon hôtel et de que nous nous sommes assis, elle a mis un énorme dossier sur mes genoux, intitulé « Plan Opérationnel Global de Soin, de Traitement et de Gestion du SIDA et du VIH en Afrique du Sud ». « Voilà la politique officielle de notre nation » a-t-elle déclaré « et c’est une très bonne politique. Avant que nous ne disions quoi que ce soit d’autre, il est important de reconnaître que la politique de ce pays n’est pas en tort ». Le plan, publié pour la première fois fin 2003, n’a pas été adopté jusqu’à il y a un an. Depuis, une femme sur cinq en Afrique du Sud a été testée séropositive.

« Vous entendez des gens parler de science traditionnelle opposée à la science occidentale » poursuit-elle « ce débat n’a pas besoin d’être tenu d’une façon qui empêche les gens de prendre les médicaments dont ils ont besoin pour vivre. Mais il est en train de tuer nombre de nos concitoyens. »

Cette semaine, l’agence de statistique du pays a annoncé qu’entre 90 et 100 personnes mourraient chaque jour du SIDA. « C‘est la réalité que nous vivons, j’ai perdu des proches à cause du SIDA. Nous avons tous vécu cela. Alors n’allons pas, en tant qu’officiels, dire aux gens qu’il peuvent y aller et prendre des médicaments traditionnels non testés pour traiter leurs maladies. Parceque cela les tue. Cela nous tue tous ».

La récente décision de permettre à Nozizwe de parler librement du SIDA a été accueilli, comme les tours et détours précédents du gouvernement, avec circonspection. Peu de temps après, Tshabalala-Msimang, qui avait été malade des mois durant, est retournée au travail. Elle a mené une cabale, visant clairement son adjointe, à l’aide du site internet de l’ANC, condamnant ceux qui se servent de sa maladie comme d’une « opportunité pour transformer les uns et les autres en champion d’une campagne visant à débarrasser [le] gouvernement d’un soit-disant déni du VIH et du SIDA au plus haut niveau ».

Il y a deux semaines, elle a de nouveau été hospitalisée, et ce qui va suivre n’est pas encore clair. Jusqu’à maintenant, Mbeki a confié sa charge au ministre des transports du pays. Certains pensent que la maladie de Tshabalala-Msimang pourrait fournir au Président un moyen politiquement acceptable de se sortir de ses idées extrémistes et que le support de l’état au dénialisme est sur le déclin.

Le 9 février, Mbeki, lors de son discours annuel à la nation, a déclaré que le gouvernement « s’engageait à intensifier la campagne de lutte contre le VIH et le SIDA ». Nozizwe n’est pas encore prête à déclarer la victoire mais elle est plus optimiste que ce qu’elle était l’automne dernier. « Je ne perds jamais l’espoir » m’a-t-elle confiée récemment, « Je suis allée en prison pendant l’apartheid, j’ai combattu l’injustice et je sais comment me battre. Nous sommes un pays dans la douleur. Je pense que cela doit être dit. Un pays dans une grande douleur et de grandes souffrances. Mais je continue à croire que la vérité se fera jour« .

Traduit de : THE DENIALISTS – AIDS denial in South Africa

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6 commentaires sur “L’injure faite à la Science et au Monde : Mbeki, le Sida et l’Afrique du Sud

  1. Pingback: Associations Libres

  2. Yves Thirion
    4 décembre 2015

    Bonjour.

    Je vous remercie pour mettre à disposition de tous la lecture de ce genre d’article. Je voudrais juste signaler que c’est dommage que l’article ai quelques fautes de frappes, des mots visiblement manquant. Je vous suggère de relire l’article pour le corriger. Ce serai dommage que son contenu soit rejeté à cause de sa forme.

    Sur ce je vous souhaite une bonne continuation.

    J'aime

    • Maeelk
      4 décembre 2015

      Hello, merci et oui j’avoue que j’ai souvent la flemme de me relire…
      N’hésitez pas à signaler les fautes et je les corrigerais !

      J'aime

  3. amandakaripetra
    10 novembre 2016

    Je suis AMANDA KARIPETRA vivant aux Etats Unis, je souffre d’Herpès, pour
    De nombreuses années, période de 7 ans, sans guérison. Un jour fidèle, j’ai vu un
    Article sur Internet étaient une femme a parlé de docteur ISE et comment ceci
    Le médecin la guérit en permanence du VIH.
    Je l’ai contacté par son email: ISESPIRITUALSPELLTEMPLE@GMAIL.COM et lui ai dit de ma maladie. Cet homme grille a guéri ma maladie d’infection d’herpès. Il
    M’a envoyé des plantes médicinales qui me guéri complètement. Aujourd’hui je suis vivant
    Heureusement et libre d’HERPES. J’avais conclu à mon avis qu’il n’y avait pas de
    Cure, il est le propriétaire et fondateur de ISE HERB RESEARCH CENTER [IHRC]
    Le Dr .ISE a le remède contre le VIH, le Zika, le HPV, l’ASTHME, le diabète, la syphilis, le bas sperme
    Le cancer, la folie, l’hépatite, les bactéries et les infections parasitaires et
    Autres infections virales associées. Il avait passé 15 ans dans la pratique
    Spiritisme, consultants, utilisant des herbes et des moyens spirituels pour guérir
    Maladie partout dans le monde. La principale raison pour laquelle j’écris ce témoignage est
    Pour informer le monde entier de ses grandes actions, et il est un Herbal Doctor
    Qui peut guérir des maladies mortelles. Il est aussi un grand lanceur de sorts que je n’avais pas
    Voir n’importe quel docteur si puissant comme cet homme de grille, il avait sauvé beaucoup de vie.
    Vous pouvez le contacter via; ISESPIRITUALSPELLTEMPLE@GMAIL.COM
    Ou BROWNYALEXY@GMAIL.COM +2348151978888 ….
    Ajoutez-moi sur le carnet: Kari Petra

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Cette entrée a été publiée le 5 octobre 2015 par dans Confirmé, et est taguée , , .
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