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Paréidolies, pourquoi nous voyons ce qui n’est pas là

Un nuage ressemblant à un ange rassure certains – et terrifie d’autres. Des embouteillages s’étirent sur plusieurs pâtés de maisons tandis que des gens s’entassent pour voir la Vierge Marie sur une fenêtre de salle de bain. Des photos de cailloux martiens ressemblant à des gens, des rats ou des crabes deviennent virales en un instant.

Cet article est traduit de : Paréidolia : Why we see what isn’t there

Voilà le pouvoir de la paréidolie, une étrange, mais parfaitement naturelle, fonction du cerveau humain qui nous fait plaquer des motifs sur des collections aléatoires d’images ou de sons.

Formé du grec para – à la place de, au lieu de – et eidolon – image, forme – c’est une ancienne capacité qui semble avoir aidé à notre survie dans un passé lointain, lorsqu’il était essentiel de discerner les dangers cachés dans le paysage. En particulier, Carl Sagan fit cette affirmation dans son livre de 1995 Un monde hanté par les démons – la Science comme une chandelle dans les ténèbres, présupposant que c’est un phénomène résultant de la façon dont notre cerveau interprète les ombres et lumières (créant parfois de la signification là où il n’y a rien du tout).

Des formes familières dans de drôles d’endroits

Les paréidolies justifient les anciennes légendes d’arbres hébergeant des dryades, de trolls gardant les jardins et les ponts et des géants de pierre. C’est ce qui nous fait voir des formes dans les contours des nuage, un visage à la surface de la Lune et tracer des constellations dans le ciel.

Et alors qu’elle a fait partie de notre existence depuis que nous sommes humains, elle n’est sortie des manuels de psychologie pour entrer dans la culture populaire que récemment, en partie grâce à l’attention des médias. Nous avons d’innombrables récits de figures religieuses vues sur divers supports et un flot constant de photographie de la surface de Mars envoyé par le rover Curiosity pour inspirer notre imagination.

Le visage sur Mars

La paréidolie explique la fameuse Vierge Marie sur un sandwich au fromage, qui fut cédé sur eBay pour $28.000, le cornflake ayant la forme de l’Illinois vendu aux enchères pour £1350 et même le très révéré Suaire de Turin, sur lequel de trop nombreux observateurs apposent l’image d’un Christ crucifié.

Vous le voyez – et moi pas

Il est intéressant de noter que tout le monde n’expérimente pas les paréidolies de la même façon – voire pas du tout – et il semble que cela soit influencé par notre culture. Des psychologues ont remarqué que discerner des significations dans des données aléatoires est plus courant chez les gens ayant de forts croyances religieuses ou dans le paranormal. Ce qui rend bien compte du grand nombre d’instances de paréidolies impliquant des symboles religieux ou d’objets allant du susmentionné suaire à la vision du dieu-singe Hindou dans un arbre à Singapour en passant par le nom d’Allah dans des photographies du tsunami de 2004 en Asie.

Même si de nombreuses personnes voient la même image, elles peuvent l’interpréter différemment. L’Homme dans la Lune que connaissent tous les enfants d’occident est le Lapin de la Lune en Asie. Et il est également connu comme le Bison, la Grenouille ou le Dragon dans d’autres cultures. C’est également la raison pour laquelle vous pouvez vous disputer avec un ami au sujet de la forme que vous voyez dans ce drôle de nuage en train de passer au dessus-de vous.

Les paréidolies auditives

La chose ne se limite pas à la vision, les paréidolies auditives se réfèrent au fait de trouver des significations dans des sons aléatoires, comme le phénomène des voix électroniques que les chasseurs de fantômes présentent comme des preuves d’esprits s’exprimant par-delà la tombe. Cela rend également compte des messages cachés dans des albums de pop et de rock, comme la croyance des fans des Beatles que certains morceaux joués à l’envers font entendre les mots « Paul is dead ».

Les paréidolies dans l’art et dans la Science

On pourrait penser que les paréidolies ne mènent qu’à des résultats amusant et parfois un peu effrayants. Mais les psychologues l’exploitent à travers des tests comme celui des taches d’encre de Rorschach, où les formes vues sont supposées révéler l’inconscient du sujet. Les artistes jouent également avec, créant des images pouvant être vues de multiples façons. Les tableaux de fleurs de Georgia O’Keefe, par exemple, outrent certains et en ravissent d’autres, qui voient en eux la suggestions de vulves féminines.

La tendance de cerveau humain à la paréidolie n’a pas changé durant des milliers d’années. Elle a même migré dans le monde digital sous la forme de logiciels de reconnaissance faciale et de cartographie. Et même les cerveaux de silicium peuvent être bernés par ce qu’ils voient, trouvant des visages humains partout, de clés aux portes de garage en passant par des formations rocheuses, tout comme nous le faisons.

Au final, cela montre bien une fois de plus pourquoi il nous faut toujours tout questionner !

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2 commentaires sur “Paréidolies, pourquoi nous voyons ce qui n’est pas là

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  2. Pingback: Vous avez dit réflexe de Semmelweis ? (Rediscovering a flawed pioneer of patient safety) | jcdurbant

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Cette entrée a été publiée le 5 novembre 2015 par dans Débutant, et est taguée .
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