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"Faut pas croire tout ce qu'on voit sur le web" – Einstein

La science a besoin de se tromper.

Alors que les scientifiques cherchent à améliorer la reproductibilité, il est important de se rappeler que l’échec est une part cruciale du processus scientifique.

Ces dernières années, on a pu entendre que la science – particulièrement la bio-médecine et les sciences sociales – sont grevées par des résultats biaisés et impossibles à reproduire. Cette affirmation a été anxieusement discutée dans des revues scientifiques et largement couverte dans les média. L’année dernière, les deux plus hauts représentants du National Institutes of Health ont convenu que les études biaisées sont un problème majeur. « Les preuves récentes montrant l’irreproductibilité d’un nombre significatif de publications dans le domaine de la recherche bio-médicale demandent des actions immédiates et radicales » ont-ils écrit.

Ce article est une traduction de : Why Scientists Need to Fail

Le taux incroyablement haut d’attrition des thérapies et médicaments expérimentaux – 90 % échouent à franchir toutes les étapes allant du développement initial à l’approbation de la Food & Drug Administration – est souvent cité comme une preuve du problème. Même si un traitement peut échouer aux tests pour de nombreuses raisons, la piètre qualité des études publiées est maintenant largement reconnue comme un problème majeur.

En 2011, des chercheurs de la compagnie pharmaceutique Bayer ont affirmé que les équipes de l’entreprise n’avait pas pu répliquer plus des 2 tiers des articles publiés dont ils avaient pensé qu’il pouvaient constituer de bons points de départ pour le développement de nouveaux médicaments. Des chercheurs d’Amgen, qui avaient essayé de répliquer des études en recherche sur le cancer, ont rapporté un taux de succès encore inférieur, les menant à conclure « qu’un facteur significatif de l’échec des essais en oncologie est la qualité des données pré-cliniques publiées. »

Derrière ces appels à nettoyer la science, se trouve l’espoir que nous puissions plus efficacement traduire les recherches en laboratoire en traitements cliniques, et partant, de faire baisser les coûrs de développement des médicaments et d’augmenter les retours des investissements publics dans la recherche.

Mais selon les bio-éthiciens Alex London et Jonathan Kimmelman, réduire l’échec en science n’est pas forcément quelque-chose vers quoi nous devrions tendre. Dans un article pour eLife,ils déclarent que « l’échec d’études bien construites bénéficie à la fois aux chercheurs et au système de santé. » L’échec, en d’autres termes, n’est pas toujours un signe de mauvaise science – il peut également être la marque que la science fonctionne comme elle le doit.

Les recherches exploratoires sont sensées repousser les limites de nos connaissances – si de telles études ne produisent pas d’idées qui s’avèrent être fausses, alors nous ne poussons pas assez forts sur les limites.

Pourquoi devrions-nous accepter l’échec en sciences ? Parceque, affirment London et Kimmelman, l’échec « est en fait une partie nécessaire d’une approche rationnelle et efficace visant à construire une compréhension robuste des maladies que nous essayons de traiter. »

Pour comprendre le rôle précieux de l’échec dans la recherche médicale, expliquent-ils, nous devons adopter un point de vue plus large sur ce qui constitue un succès. La raison d’être des recherches cliniques et pharmaceutiques n’est pas simplement de produire plus de médicaments – c’est également de produire de la connaissance sur comment fonctionnent maladies et médicaments. Ces derniers ne sont pas utiles en eux-même ; ils n’ont de pouvoir thérapeutique que lorsque nous savons quand et comment les employer.

Tandis qu’une partie de ces connaissances peut-être acquise grâce à la recherche sur les animaux, « les études in vivo sur les humains représentent finalement la seule façon de confirmer ou d’infirmer les théories émergentes. » Sans ratages, « les cliniciens manquent de la connaissance de jusqu’où ils peuvent aller dans l’utilisation d’un nouveau composé tout en préservant les effets désirés ».

Si il est construit et analysé correctement, un essai clinique ayant échoué peut toujours contribuer à améliorer notre connaissance de la maladie et aider à mettre au point de nouveaux développement de médicaments dans le futur.

Un point de vue aussi optimiste sur l’échec peut sembler difficile à accepter – les programmes de conception de médicament et les essais cliniques coûtent de l’argent, prennent du temps et impliquent des risques pour des être humains tout ce qu’il y a de plus réels. Et bien sûr, les échecs qui n’apportent rien du fait de leur conception bâclée et/ ou de leur mauvaise qualité sont inexcusables. Dans la mesure où les efforts récents pour minimiser les résultats non reproductibles se concentrent sur les mauvaises pratiques scientifiques, il devraient être encouragés. Cependant, le but ne devrait pas être de réduire les ratages, au lieu de cela, il devrait consister à les rendre plus efficaces et productifs.

Une façon de faire, selon London et Kimmelman, est de clarifier la distinction entre exploration et confirmation en recherche pré-clinique. La recherche exploratoire est nécessaire car « identifier les interventions prometteuses est comparable à l’exploration d’un paysage vaste, multidimensionnel d’agents, de doses, de signes de maladies et de programmes de traitements. » Dans le but de réaliser cette exploration d’une manière qui soit économiquement supportable, les chercheurs se reposent sur des études plus petites, méthodologiquement flexibles qui tendent à nécessiter moins de souris de laboratoire et ne sont pas toujours conçues pour tester une seule hypothèse spécifique.

Le résultat est que même les bonnes études exploratoires sont statistiquement limitées et sujettes aux faux résultats positifs. Pour atteindre la rigueur statistique, ces études devraient être suivies par de plus larges, statistiquement puissantes, « études confirmatoires » qui testeraient définitivement la valeur clinique des nouvelles hypothèses et théories.

Parce-que les nouvelles hypothèses sont le reflet des limites de nos connaissances, nous devons nous attendre à ce qu’elles soient nombreuses à échouer – et lorsque c’est le cas, qu’elle nous aide à améliorer notre compréhension.

Trop souvent, les études exploratoires sont comprises comme des études confirmatoires et sont donc faussement vues comme des sources de non-reproductibilité dans la recherche bio-médical. Comme Kimmelman et ses collègues l’ont avancé dans un article paru l’an dernier, « nous suggérons que les manifestement pauvres performances de bien des études pré-cliniques puissent en fait refléter la puissance et les propriétés intrinsèques de ce que nous appelons des  »enquêtes préliminaires ». »

Ces dernières sont sensées repousser les limites de nos connaissances – si de telles études ne produisent pas d’idées qui s’avèrent être fausses, alors nous ne poussons pas assez fort sur les limites. Le problème n’est pas que certaines recherches soient fausses, mais qu’elles ne soient pas vues comme provisoires.

Malheureusement, chercheurs et journaux scientifiques tendent à flouter les lignes entre exploration et confirmation, donnant souvent plus d’importance qu’il ne faudrait au potentiel effectif d’une étude médical excitante mais non encore confirmée.

Les scientifiques et les décideurs, défend Kimmelman, doivent faire plus d’effort pour reconnaître les limites des études exploratoires et encourager des études moins glamour mais tout aussi importantes : les études de confirmation.

Comme l’apprennent rapidement les nouveaux diplômés, l’échec est inhérent à la science, le monde est complexe et notre connaissance n’est que parcellaire. Et donc, les nouvelles idées sont généralement fausses, et les nouvelles expériences échouent généralement.

Le pionnier de la micro-biologie Oswald Avery avait l’habitude de dire à ses étudiants que « la déception est mon pain quotidien. » Le prix Nobel de chimie Linnus Pauling, qui a publié une structure de l’ADN célèbre pour être fausse deux mois avant que Franklin, Watson et Crick ne dévoilent l’hélice que nous connaissons répétait à l’envie que « le meilleur moyen d’avoir de bonnes idées c’est d’avoir beaucoup d’idées et de jeter les mauvaises. » Un conseil qui ne s’applique pas qu’aux individus mais également à toute la communauté des chercheurs.

Comme nous nous inquiétons à propos de comment améliorer la reproductibilité en science, il est critique que nous reconnaissions le rôle important de l’échec dans le tri que font les chercheurs dans le vaste monde des hypothèses sur comment le monde fonctionne. Nous ne devons pas tolérer les erreurs évitables ni les fraudes, mais l’échec est acceptable.

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Cette entrée a été publiée le 26 janvier 2016 par dans Débutant, et est taguée , , .
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