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"Faut pas croire tout ce qu'on voit sur le web" – Einstein

La face obscure des médecines alternatives – Samantha Selinger-Morris

Sarah Mathieson voulait juste mettre toutes les chances de son côté pour tomber enceinte, donc elle a fait ce que nombre d’entre nous aurait fait : elle a cherché sur le web, évalué les options existantes… et est allée chez un naturopathe qui lui a prescrit 5 bouteilles d’un complément alimentaire.

Quand elle a commencé à avoir mal aux articulations, elle est retourné voir son naturopathe… qui lui a prescrit 16 bouteilles supplémentaires.

Cet article est une traduction de : The dark side of alternative health treatments

Le Dr Kerry Phelps, qui soutient les thérapies complémentaires basées sur la science et a présidé à la fois l’Australian Mediacal Association et l’Asutralasian Integrative Medical Association, a pris Mathieson en charge. « Elle est venu me voir en me disant qu’elle se sentait de plus en plus mal, douloureuse, fatiguée et mal à l’aise », il s’est avéré qu’elle avait ingéré certains micronitruments « à des niveaux toxiques ».

Pourtant elle fait partie des chanceux : après avoir arrêté tous les compléments et s’être fait prescrire un apport standard de vitamine pré-grossesse, elle a pu envisager une grossesse saine. Mais elle est un parfait exemple d’une tendance inquiétante que Phelps observe dans sa pratique quotidienne : des gens éduqués – principalement des femmes – devenant victimes de praticiens alternatifs non qualifiés, trouvés la plupart du temps sur le web.

« Elles sont à la recherche de réponse, pas satisfaites de  »Voilà votre ordonnance, au revoir » » indique Phelps, qui a écrit son livre, Ultimate Wellness, en partie à cause de son expérience avec ce genre de patients. « Elles sont préparées à investir du temps, de l’énergie et du capital intellectuel dans leur santé ; mais la question est : d’où tiennent elles ces informations ? Dans certains cas, elles les obtiennent de bons sites internet, et dans d’autres, de sites de mauvaise qualité et/ou de praticiens non qualifiés. »

Ces derniers temps, les thérapies alternatives ont fait les gros titres des journaux. Jess Ainscough, l’ex- journaliste derrière le populaire blog The Wellness Warrior, est décédée du cancer en Février à l’âge de 30 ans après avoir suivi – et promu – un régime contre le cancer constitué principalement de fruits, de légumes et de lavements au café.

Et le guérisseur chinois auto-proclamé Hongchi Xiao, qui faisait la promotion de ses services sur Facebook, a eu son « heure de gloire » en Avril lorsqu’un jeune garçon diabétique âgé de 7 ans, Aiden Fenton, est mort après avoir subi une séance de « thérapie par la gifle » où le patient est frappé, souvent au point d’avoir des bleus, afin de « libérer les poisons ».

Pourquoi certains d’entre nous prennent-ils conseils auprès de gourous de la « santé » plutôt que de professionnels formés de la santé ? Notamment lorsque tant de ces gourous prônent des thérapies qui sont, pour dire le moins, hautement suspectes ?

La Dr Sue Ieraci, médecin urgentiste et membre exécutive de Friends of Science in Medicine, un organisme qui lutte contre les thérapies non éprouvées scientifiquement, pense que de nombreux gourous de la santé du Web atteignent une énorme audience car ils permettent aux gens de se sentir plus en contrôle.

« Il n’est pas politiquement correct dans notre société post-moderne d’obtenir simplement vos réponses auprès de professionnels [de la santé] car c’est paternaliste et  »servi sur un plateau » » subodore-t-elle. Elle suppose que les gourous santé du web « vous font vous sentir en contrôle, parce que vous allez contre l’orthodoxie ».

Les gens qui se battent contre une maladie et n’ont pas de traitement sont particulièrement vulnérables. Comme les disciples de Kerry Riviera, une américaine qui fait la promotion (en ligne et dans son livre Healing the symptoms known as autism) de l’utilisation de lavement à l’eau de javel pour « guérir les enfants de l’autisme ». Elle croit que le dioxyde de chlore, un agent de blanchiment industriel, détruit les parasites qui « causent la maladie ».

Ces affirmations n’ont aucune base médicale et la FDA des États-Unis préviennent que ce traitement risque de causer des nausées, des vomissements sévères et des chutes de tension pouvant mettre la vie en danger.

NDT : plus d’informations sur cette page Facebook (en anglais – attention, certaines photos sont choquantes)

« Pour les gens qui se débattent avec ce genre de difficultés, cela doit vraiment être un challenge de tous les jours, donc ils cherchent quelqu’un pour compatir à leur situation et leur donner un coupable à blâmer » pense Ieraci des parents qui suivent les gourous du type de Riviera.

« Si vous allez sur plusieurs de ces sites, vous verrez qu’ils sont très bons pour flatter les gens, leur dire à quel point ils sont braves et qu’ils sont les seuls gens à ne pas suivre le  »troupeau » – les gens qui sont des moutons car ils croient ce qu’ils entendent [de la médecine établie]. »

Il y a deux ans, un homme de Brisbane âgé de 55 ans a creusé un trou de la taille d’une balle de golf sur le côté de sa tête après avoir utilisé un traitement corrosif à base de plantes appelé black salve ( »onguent noir » NDT) – une pâte souvent composée de sanguinaire du Canada et de chlorure de zinc – vendue en ligne comme pouvant « effacer » le cancer.

Phelps, qui a traité des patients qui avait utilisé ce remède déclare « ils disent aux gens ce qu’ils ont envie d’entendre, qu’ils n’auront pas besoin de subir de chimio ou de radiothérapie. Et pour être honnête, qui ne serait pas terrifié à l’idée de subir l’une ou l’autre de ces thérapies ? »

Le Dr Robert Walter, médecin généraliste à Hobart, affirme que la culure médical australienne est en partie à blâmer dans ce mouvement de pensée.

« Les praticiens alternatifs… accordent souvent plus de temps au patient » rappelle ce médecin qui a souvent eu à suivre des patients dont la condition avait été aggravée par praticiens non qualifiés. « C’est là que la profession médicale doit probablement faire un travail sur elle-même, parce que nous sommes trop pressés, trop hâtifs, les consultations sont trop brèves. »

« Si nous passions plus de temps à expliquer la médecine – et la médecine n’est pas si compliquée vous savez, c’est basiquement de la plomberie vous savez – si vous pouvez expliquer le processus de la maladie, expliquer ce dont il faut s’inquiéter et ce dont il n’est pas nécessaire de s’occuper, et juste passer un tout petit peu plus de temps avec vos patients alors je ne pense pas qu’ils iront chercher ailleurs des cures magiques à base de sorcellerie. »

S’ajoutent à cela que les pratiques alternatives sont largement dérégulées.

Les praticiens de la médecine chinoise traditionnelle, les ostéopathes et les chiropracteurs sont les seuls professionnels de la santé « alternative » à devoir s’enregistrer auprès de l’Australian Practitioner Ragulation Agency (la médecine chinoise traditionnelle n’est pas régulée en France NDT). Les autres ne rendent de comptes à aucune instance officielle.

Il existe des agences et des départements gouvernementaux, qu’ils soient d’état ou fédéraux, qui peuvent accepter les plaintes, cela inclut l’Asutralian Competition & Consumer Commission et la Therapeutics Good Administration. Mais les lourdeurs administratives et le manque de moyen – en en 2013-2014, l’ACCC a pris en charge 202.363 plaintes (pas toutes relatives à la santé) pour seulement 27 poursuites – font qu’il est difficile de les traiter toutes.

Il a fallu six ans aux autorités pour faire interdire à Homeopathy Plus !, une entreprise basée sur la côte Nord-Ouest, de vendre un « vaccin » homéopathique contre la coqueluche. En Octobre, l’entreprise et sa directrice Frances Sheffield se sont vu notifier l’interdiction de vendre leurs produits pendant 5 ans et condamné à payer un total de $138.000 d’amendes.

Mais tout ceci n’a pu avoir lieu qu’après des années d’injonctions et requêtes par l’ACCC et la TGA. A une occasion, Sheffield a refusé de publier une rétractation concernant l’affirmation qu’elle faisait sur son site Web à propos du « vaccin homéopathique », en arguant du fait qu’elle ne faisait pas de « publicité » mais qu’elle « fournissait des preuves » sur les traitements homéopathique de son entreprise.

Sheffield maintient toujours sur son site une section appelée « Inverser l’Autisme », avec des témoignages qui décrivent comment l’autisme de leur enfant a été soigné par l’homéopathie. « Melissa est passé de zéro mots à presque cinquante en une seule journée » écrit un parent.

Mais les gens ne peuvent pas être poursuivis pour avoir fait des affirmations relevant de croyances pseudo-scientifiques. « C’est comme essayer de réguler une religion, en un certain sens » rappelle l’avocat Mal Byrne, d’Adélaïde.

« Une bonne part de la difficulté c’est : comment pourriez-vous réguler quelque-chose d’aussi vague ? »

Byrne le saurait : quatorze de ses clients ont attaqué l’homéopathe d’Australie du Sud, Monika Milka, il y a trois ans pour les avoir volontairement infectés avec une bactérie et les avoir scarifié de manière irréversible après les avoir traité avec une technique appelée « biomésothérapie ». Cela implique d’injecter de la solution saline et d’autres substances sous la peau, un client avait opté pour ce traitement afin de soigner ses douleurs arthritiques, un autre pour « booster son sentiment de bien-être ». Ils n’ont obtenu que de la honte et un sentiment d’isolement.

« Vous savez, ils étaient très gênés, un bon nombre d’entre eux devait cacher [leur peau scarifiée] » indique Byrne. Certains de ses clients ont du prendre des antibiotiques pendant des années pour venir à bout de l’infection et avaient peur de toucher leurs enfant de crainte de les infecter à leur tour.

Milka a rejeté ces accusations en bloc, par l’entremise de son avocat, devant le tribunal. Elle s’est arrangée plus tard avec les 14 en dehors du tribunal mais continue de sévir comme homéopathe. En Octobre, elle a publié un communiqué sur Facebook clamant que son « Wellness Tonic » avait débarrassé sa mère de son cancer après que la chimiothérapie ait échoué.

Ceci, pour Byrne, est « une violation flagrante » à la fois du Code de Conduite d’Australie du Sud pour les Praticiens de la Santé Non-conventionnés et de la loi sur les conduites trompeuses et mensongères dans un cadre commercial. Les autorités se sont depuis saisies du dossier.

Donc, comment pouvons-nous déterminer quels traitement – et praticiens – sont sûrs et lesquels ne le sont pas ? Particulièrement lorsque certains traitements qui semblent complètement improbables ont pourtant des bases scientifiques solides…

Par exemple, la transplantation fécale microbiotique – lorsque les selles d’une personnes saines sont injectées dans le colon d’un malade – a été acceptée dans le New England Journal of Medicine en 2013 après qu’une étude ait prouvé son efficacité dans le traitement contre la bactérie Clostridium Difficile. Une infection dont les symptômes sont semblables à ceux de la maladie de Crohn et qui tue 15.000 personnes par an rien qu’aux États-Unis.

Et, même si c’est encore très controversé, certaines études en laboratoire ont montré que de fortes doses de vitamines C en intraveineuse amélioraient l’efficacité de la chimiothérapie dans le traitement de certains cancers.

Le signal d’alarme doit retentir si un praticien non issu du domaine médical vous décourage de continuer à suivre le traitement que votre médecin vous a prescrit. Les gens devraient chercher des conseils chaque fois qu’une thérapie implique ne serait-ce que le plus petit risque, notamment lorsqu’elle implique des manipulations, d’avaler quelque-chose ou de percer la peau.

Nous devrions aussi toujours penser à nous demander si, dans certaines situations, ce n’est pas surtout du soutien émotionnel que nous allons chercher conseille le Dr Sarah McKay, neuroscientifique à Sydney qui a étudié les gourous du Net.

En soulignant que ces derniers remplissent souvent ce rôle, elle demande « qui n’a pas envie d’un peu de maternage, un peu de TLC* ? »

* jeu de mot intraduisible, TLC pouvant se comprendre comme « Tender Loving Care » (soin tendre et aimant) et « Therapeutic Lifestyle Changes » (Changement Thérapeutique de Vie)

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Un commentaire sur “La face obscure des médecines alternatives – Samantha Selinger-Morris

  1. Quoi dans mon assiette
    1 août 2016

    Je suis entièrement d’accord qu’il faut se méfier des médecines alternatives ! Merci pour cet article

    J'aime

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Cette entrée a été publiée le 15 juillet 2016 par dans Débutant, et est taguée , , , .
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