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Huile de cannabis, vitamine B17 et cancer – The Logic of Science

Il semble que pas une semaine ne se passe sans qu’un nouvel article clamant qu’un nouveau remède simple au cancer a été découvert. De la même façon, les médias sociaux sont emplis d’images comme celle-ci disant que l’huile de cannabis, la vitamine B17 et une tripotée d’autres choses peuvent tuer des cellules cancéreuses.

Cependant, plus souvent qu’à leur tour, ces affirmations sont extrêmement trompeuses puisque les études auxquelles elles font référence sont généralement des études in vitro (c’est à dire des études conduites sur des cellules cultivées dans une boîte de Pétri) ou au mieux sur des animaux et ces deux designs d’études sont très limités.

Cet article est une traduction de  : If cannabis and vitamin B17 kill cancer, why aren’t they approved by the FDA? Let me explain | The Logic of Science

Comme je vais vous l’expliquer dans cet article, tuer des cellules dans une boîte de Pétri et tuer sans risque des cellules cancéreuses dans un corps humain sont deux choses immensément différentes. En fait, de nombreuses molécules semblent prometteuses lors des tests en laboratoire mais s’avère finalement inefficaces, voire dangereuses, lors des essais chez les humains.

Donc, vous devriez être extrêmement sceptiques en ce qui concerne les gros titres des journaux, et vous montrer très prudent lorsqu’il s’agira de conclure quoi que ce soit (par exemple, en affirmant qu’il s’agit d’une vaste conspiration orchestrée par le gouvernement et l’industrie pharmaceutique).

Il y a de nombreuses formes de cancer

La première chose à réaliser à propos de toutes les affirmations concernant « un remède contre le cancer » est que ce dernier n’est pas une seule maladie. Il n’y a pas un seul type de cancer. Au lieu de cela, il en existe des multitudes, chacun se comportant différemment.

Donc, même si vous arriviez à démontrer que quelque chose est efficace pour soigner un type de cancer, vous n’auriez absolument pas démontré qu’il l’est pour tous les autres.

C’est particulièrement important à comprendre en ce qui concerne les essais in vitro, parcequ’ils sont forcément limités par leur utilisation de lignées cellulaires (une population de clones de cellules qu’on maintient en laboratoire). Pour en commencer une, les chercheurs choisissent une seule cellule (par exemple, une cellule cancéreuse) et la font pousser en laboratoire, en la faisant se multiplier de très nombreuses fois.. C’est très utile car les duplicatas de la cellule sont des copies exactes (à l’exception des mutations).

Ainsi les scientifiques peuvent complètement éliminer les facteurs de confusion et deux personnes différentes dans deux laboratoires différents pourront conduire des recherches similaires en utilisant la même lignée.

Néanmoins, malgré les bénéfices évidents des lignées cellulaires, elles sont aussi problématiques puisqu’elle limitent la portée des conclusions. Imaginez, par exemple, que des chercheurs découvrent que le produit X tue les cellules Y au laboratoire. Tout ce que cela veut dire c’est que X tue cette lignée particulière de cellules Y. Cela pourrait parfaitement ne pas être le cas avec d’autres types de cellules, ou de cancers.

Donc, quand vous entendez qu’une nouvelle étude a découvert qu’un produit tue des cellules cancéreuses particulières, il faut garder cela à l’esprit : l’étude a peut-être parfaitement raison, ais cela ne veut pas du tout dire que ses résultats sont applicables ailleurs que chez cette lignée cellulaire particulière.

Tuer des cellules dans une boîte de Pétri et dans un corps humains sont deux choses différentes.

Le point important suivant est qu’il y a un monde de différence entre tuer des cellules cancéreuses de manière efficace dans une boîte de Pétri et tuer des cellules cancéreuses de manière efficace dans un corps humain.

Dans un laboratoire, vous pouvez injecter une énorme dose d’un produit directement au contact des cellules, alors que chez un humain vous devez soit l’injecter, soit l’ingérer ce qui va instantanément le diluer.

Pire encore : le foie et les reins vont vraisemblablement essayer d’éliminer le produit en question (en le filtrant notamment) et il est parfaitement envisageable qu’en plus il interagisse avec l’un ou l’autre des milliers de composés chimiques présent dans le corps.

Rappelez-vous que tout ce qui vous compose est chimique et que (catalyseurs exceptés) les réactions chimiques changent les produits chimiques en créant ou en détruisant des liaisons. Donc vous pouvez avoir une substance qui est extrêmement efficace in vitro, mais qui se met à réagir rapidement avec toutes sortes de composés une fois qu’elle se retrouve dans un corps vivant et se transforme en autre chose, potentiellement pas efficace du tout, voire nocif.

Est-ce sûr ?

C’est probablement le point le plus important de ce billet. Pour qu’un «médicament» contre le cancer soit réellement efficace, il faut qu’à la fois il puisse éliminer les cellules cancéreuses tout en épargnant les autres. Trouver des choses qui répondent à la première condition est facile, mais celles qui répondent aux deux sont nettement plus complexes à dénicher.

Par exemple, les lance-flammes tuent les cellules cancéreuses, mais ça ne fait pas d’eux un traitement efficace. Tout comme l’essence qui permet aussi d’éliminer les tumeurs très efficacement, mais je n’en recommande pas pour autant la consommation.

L’alcool est utilisé pour stériliser les boîtes de Pétri, il permet de se débarrasser des cellules de façon tout à fait certaine, mais chez les humains, il cause des cancers !

Le laétrile (plus connu sous le nom de vitamine B17) est un autre bon exemple de cet état de fait : il existe des preuves solides montrant qu’il est en mesure de tuer des cellules cancéreuses en laboratoire. Mais il le fait en relâchant du cyanure, qui tuera les cellules saines tout aussi rapidement que les cancéreuses.

Cela m’amène à un autre point très important : le cancer est difficile à traiter car il fait partie de votre propre corps. Développer une molécule qui tue sans danger quelque chose comme une bactérie est facile en comparaison car elles sont biochimiquement très différentes des cellules humaines.

Donc pour les tuer, il vous suffit de trouver quelque chose qui va interférer avec les voies biochimiques que l’on trouve chez les bactérie et pas chez les humains.

Le cancer est un défi bien plus grand puisque les cellules qui le composent ne sont que des versions mutées de vos propres cellules. En tant que telles, elles ont exactement les mêmes propriétés biochimiques que les « normales ».

Cela rend très difficile le fait de trouver un traitement sur puisque la plupart vont tuer les cellules cancéreuses… et les autres. C’est l’une des principales raisons qui rendent très difficile de soigner le cancer, et aussi un excellent motif de rester sceptique devant les gens qu affirment avoir trouvé un moyen de le faire. A moins qu’ils ne soient en mesure de vous expliquer exactement comment leur traitement cible les cellules cancéreuses en épargnant les autres, vous ne devriez probablement pas leur faire confiance.

Enfin, nous devons nous rappeler que la dose fait le poison, tout autant que le médicament. Donc pour qu’un composé soit un traitement efficace, il faut qu’il soit en mesure de tuer les cellules cancéreuse à une dose qui soit en dessous de celle à laquelle il devient dangereux pour les cellules saines. En fait, c’est même exactement ce que les médecins essayent de faire lorsqu’ils prescrivent rayons et chimiothérapies. Les cellules cancéreuses se divisent très rapidement, et ces traitements sont particulièrement bons pour attaquer es cellules en cours de division, du coup ils ont tendance à « blesser » plus les cellules cancéreuses que les normales, même s’il y a des dommages collatéraux.

En d’autres termes, le principe est de trouver un équilibre entre le fait de devoir tuer assez de cellules cancéreuses sans pour autant tuer trop de saines. C’est très important à comprendre puisque même si certains traitements alternatifs peuvent tuer des cellules cancéreuses, ils tuent vraisemblablement les saines aussi, et comme ils n’ont pas été suffisamment étudiés, on ne sait pas quel dose est la plus efficace.

Pour le dire autrement : ne supposez pas que quelque chose est sûr juste parcequ’il s’agit d’un traitement alternatif, comme je l’ai dit plus haut, la vitamine B17 finit par produire du cyanure.

Les traitements non conventionnels ne sont pas forcément sûrs, et ce ne sont parfois même pas des traitements.

La hiérarchie des preuves

Le point fondamental que j’essaye de montrer ici est que vous devriez rester sceptiques à propos des affirmations concernant les traitements contre le cancer (et la médecine en général). Chaque fois que vous entendez quelqu’un affirmant qu’il a découvert un traitement contre le cancer, vous devez prendre le temps d’examiner les preuves afin de déterminer si oui ou non l’affirmation est justifiée.

Plus souvent qu’à leur tout, ces affirmations se basent sur des études in vitro, des essais sur des animaux et des anecdotes. J’ai expliqué le problème avec les anecdotes en long et en large ici et j’ai passé la majeure partie de ce post sur les essais in vitro mais les essais sur les animaux posent les mêmes problèmes. Rats et souris sont biochimiquement différents des humains et les médicament agissent souvent très différemment chez eux et chez nous.

Par exemple, si on considère généralement que les avocats ne posent pas de problèmes particuliers chez les humains, ils peuvent être toxiques pour les oiseaux, les souris, les lapins, les rats, les moutons et tout un éventail d’autres animaux.

C’est un paramètre important pour des maladies comme la cancer, puisque, une fois de plus, il en existe de nombreux types qui se comportent tous différemment et que ceux des rats peuvent très bien ne pas être du tout représentatifs de ceux des humains. De plus, tout comme pour les lignées cellulaires, les essais sur les animaux sont généralement conduits sur des races spécialement conçues à cet effet.

Pour être précis : des groupes familiaux ont été sélectionnés à un point tel qu’ils sont tous génétiquement identiques (ou très proches). Donc, tout comme avec les essais in vitro, il est très complexe de généraliser à partir de ces essais.

En fait, il s’avère très souvent qu’un médicament très prometteur in vitro et chez les animaux ne soient pas du tout efficace chez les humains.

Du fait de tous les problèmes dont je viens de parler, les essais sur les animaux et les études in vitro sont tout en bas de ce que l’on appelle la « hiérarchie des preuves ». Tous les designs expérimentaux ne sont pas égaux et certains donnent des résultats bien plus surs et exploitables que d’autres.

In vitro et tests sur les animaux sont considérés comme étant peu fiables et sont donc considérés comme de simples points de départ pour des investigations ultérieures, il n’est pas recommandé de s’en servir comme base d’argumentation.

Pour le dire autrement, les designs les plus robustes (comme les études de cohortes ou les essais randomisés contrôlés) ont tendance à nécessiter beaucoup de temps et d’argent, donc les chercheurs utilisent des designs moins onéreux afin d’identifier les molécules suffisamment intéressantes pour mériter de plus amples investigations.

Les études sur les animaux et in vitro servent souvent de base pour débuter des études cliniques, mais on ne peut pas s’en servir pour conclure, pour cela il faut attendre les résultats des études cliniques.

Le truc c’est qu’avant d’accepter le fait que quelque -chose soigne le cancer, vous devriez allez lire les études pour savoir si ces dernières avaient réellement la capacité de parvenir à cette conclusion. Pour la majorité, ce n’est pas le cas.

Par exemple, une revue systématique des études sur la vitamine B17 a montré qu’il n’y a pas suffisamment de preuves pour conclure qu’elle est sure ou efficace dans le traitement du cancer chez les humains (Milazzo et al. 20072015). De la même façon, nous n’avons aucune donnée de qualité montrant que la marijuana aurait ce genre de propriétés.

Donc, en réponse à la question de savoir pourquoi les autorités médicales n’autorisent pas ce genre de traitement et bien c’est tout simplement parce que nous n’avons aucune preuve montrant qu’ils sont surs et efficaces. Ce qui sont deux points relativement importants en ce qui concerne le fait de mettre ou pas un médicament à disposition des patients.

Conclusion

Pour faire court, la plupart du temps, lorsque vous entendez dire qu’un produit quelconque guérit le cancer, cette affirmation se base sur une étude in vitro. Mais ce type d’étude est extrêmement problématique, puisqu’il ne montre une efficacité que sur un type de cellule bien particulier, dans un environnement bien particulier.

Il ne montre pas que le produit en question tue les cellules du cancer en général, ni qu’il est sur de vous l’injecter dans le corps ou même qu’il serait capable d’atteindre les cellules concernées avant d’être filtré par le foie et les reins ou d’interagir avec une molécule présente naturellement dans votre organisme.

Il existe des centaines de produits qui tuent le cancer dans des boîtes de Pétri mais cela ne veut rien dire sur leur capacité à être utilisés sans danger dans un contexte médical. De fait, il en existe des tas, comme le gas-oil ou l’arsenic, qui se montreront très efficaces en laboratoire mais cela ne veut pas dire que vous devriez en consommer.

En fait, la plupart des traitements alternatifs contre le cancer sont très nocifs pour les cellules saines (la B17 produit du cyanure et le MMS est un décolorant industriel).

Donc la raison pour laquelle ces « traitements » ne sont pas approuvés par les autorités sanitaires est que nous ne savons pas si ils sont efficaces et sans dangers, et que le travail des autorités en question est justement de statuer sur ces deux critères (entres autres).

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Cette entrée a été publiée le 1 novembre 2016 par dans Non classé, et est taguée , , .

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