Associations Libres

"Faut pas croire tout ce qu'on voit sur le web" – Einstein

Quatre questions que tout militant anti-OGM devrait se poser

La question des cultures OGM est très débattue au sein de notre société, elle transcende les clivages politiques et fait l’objet de nombreuses outrances de la part des associations écologistes les plus en vue.

Comme tout sujet bien étudié, les OGM sont un problème complexe et la vision que la science en a est très différente de celle que vous avez peut-être. Voici donc quatre question que vous devriez vous poser avant de prendre un avis (ou d’en changer…).

1 – Si vous vous sentez concernés par les pesticides, pourquoi refuser cette technologie ?

Tous les OGM sur le marché ne sont pas liés à la question des pesticides. La pomme « Artic » a été modifié afin de réduire le gâchis de nourriture en ne brunissant pas et la nouvelle pomme de terre Simplot réduit le niveau d’un carcinogène connu pour apparaître lorsqu’on chauffe l’amidon (et ne brunit pas non plus).

Des variétés de papayes et de courges ont été crées pour résister à des maladies.

Les OGM les plus connus, cependant, sont liés aux pesticides : les plantes résistantes au glyphosate et les variétés « bt » sont utilisés par des fermiers partout dans le monde car ils permettent d’économiser du temps et de l’argent.

La caractéristique « bt » a permis de réduire drastiquement l’utilisation d’insecticides, ce qui a contribué à la bonne santé des exploitants ET de leur environnement. Les plants « glyphosate »s ne sont pas là (contrairement à la croyance courante) pour permettre aux exploitants d’inonder leurs champs avec cet herbicide : les cultures sont tolérantes et non résistantes. Ce qui signifie que si on arrose une culture de Round Up (ou d’une de ses innombrables copies), celle-ci sera abîmée, notamment si cela a lieu après certains moments de la croissance. Et une fois que le feuillage est suffisamment haut pour bloquer le soleil des éventuels graines restantes, il n’y a plus besoin de traiter.

Est-ce que ça ne devrait pas être évident pour un mouvement dont les membres déclarent partout adorer jardiner ?

Le glyphosate est l’est des herbicides les plus sûrs de l’Histoire humaine et peut-être utilisé dans des cultures sans labour qui préservent les nutriments du sol et retarde l’érosion. L’OMS a récemment déclaré que c’est probablement un carcinogène, ce qui veut juste dire que ceux qui s’en servent doivent prendre des précautions. Si vous trouvez ça grave, la caféine et l’alcool sont des carcinogènes connus et à des niveaux inférieurs à ceux qui sont couramment consommés.

Et si vous n’êtes toujours pas convaincus, dites-vous que bannir les OGM ne changera rien : soit les agriculteurs continueront à utiliser cet herbicide, soit ils opteront pour un autre (potentiellement plus toxique).

Si vous vous sentez concernés par l’utilisation intensive des pesticides, alors combattre les OGM n’est certainement pas la meilleure façon de faire.

2 – Si l’étiquetage des OGM est important, pourquoi ne demandez-vous pas à ce que toutes les méthodes de production soient concernées ?

BASF produit sept variété de plants résistants à leur herbicide Beyond, aucune de ces variétés n’est un OGM. Les cultures Clearfield exigent même que le sol soit traité au glyphosate ou labouré avant tout semis. Ils sont prêts pour l’étiquetage « garantis sans OGM » et nécessitent encore plus de pesticides.

Vous vous demandez peut-être comment ces plants ont été créés si ce n’est pas en les modifiant génétiquement ? La réponse est : en utilisant des produits comme le méthyle méthanesulfonate ou l’azoture de sodium pour accélérer leur évolution.

C’est un procédé appelé mutagenèse qui, en plus des composés cités plus haut, utilise aussi des radiations pour augmenter le taux de mutation. La mutagenèse est un procédé qui est approuvé en culture biologique et qui a été utilisé pour améliorer beaucoup de choses, des pâtes aux raisins.

Mais de toutes les méthodes utilisables par les éleveurs, celle qui a causé le plus de torts est celle que les militants anti-OGM préfèrent. La sélection artificielle a causé de réels dommages aux plantes, animaux et même aux humains.

Les humains élèvent des organismes depuis des milliers d’années en se concentrant sur les traits qui leurs sont favorables, et non à la nature, ce qui a mené à d’innombrables conséquences inattendues. Si le principe de précaution était constamment appliqué, nous devrions bannir immédiatement la sélection artificielle en se basant sur des preuves concrètes. Des courgettes, du céleri et des pommes de terres ont été créé de cette façon et ont causé de graves torts à des gens.

Pourquoi est ce que rajouter quelques gènes à une variété de maïs demande des montagnes de tests préalables alors que les fermiers sont tout à fait libres d’élever des cochons ayant des côtes surnuméraires ? Et même sans être vegan, il n’y a pas à chercher trp loin pour se rendre compte des monstruosités auxquelles cette méthode peut aboutir.

Mais peut-être que la méthode ne compte pas tant que ça pour vous, plutôt les brevets en fait ?

3 -Si vous vous intéressez aux brevets, pourquoi ne pas militer pour une réforme du système ?

La brevétisation des cultivars date d’il y a près de 100 ans, nos pourrions bannir les cultures OGM demain et les compagnies pharmaceutiques auraient tout de même toujours leurs brevets sur des organismes transgéniques (environ 25% des nouveaux médicaments synthétises « naturellement » approuvés par la FDA chaque année sont issus des technologies dont nous parlons ici).

Nous pourrions bannir les OGM demain et toujours avoir des brevets sur des semences bio et nous perdrions aussi tous ceux qui ne sont pas soumis à un brevet.

Les exploitants ne sont pas attaqués en justice à cause du vent qui aurait soufflé du pollen venu d’autres fermes et Monsanto n’a même pas de monopole sur une variété précise, allez donc voir dans les catalogues de semences. Par contre Monsanto a de grosses parts de marché car ils font un produit qui est très demandé par les agriculteurs, mais avoir de grosses parts de marché n’est pas la même chose qu’avoir un monopole.

On pourrait débattre des années sur les mérites des brevets et de si oui ou non ils brident ou encouragent l’innovation mais si vous vous y opposez, faire des manifs contre une seule compagnie en brandissant des bannières dénonçant les chemtrails ne va pas vous aider beaucoup à faire changer le système.

4 – Si vous êtes si inquiets du sort des fermiers, pourquoi leur retirer des options ?

Les militants anti-OGM passent leur temps à dire combien ils sont pour la protection des droits des fermiers, mais comment est-ce que réduire leur nombre d’option pourrait les aider ?

Si ils veulent garder des semences, ils le peuvent, il faut simplement qu’ils n’aient pas signé de contrat stipulant qu’ils n’en ont pas le droit. Mais si conserver des graines est ce qu’ils ont de mieux à faire de leur journée, ils n’utilisent probablement pas les méthodes les plus efficaces.

L’industrie du bio a déclaré la guerre aux fermiers conventionnels quand elle s’est mobilisé pour faire faire interdire les cultures issues de l’ingénierie génétique en Oregon. Pourtant les cultivateurs veulent utiliser des OGM parce-qu’ils contribuent à réduire les intrants, ce qui leur permet d’économiser de l’argent.

Les fermiers bio ne s’inquiètent pas des pollinisations croisées car les producteurs voisins s’entendent généralement bien et discutent entre eux, le seul qui ait eu ce problème est un australien qui a refusé de changer ses cultures de place et qui a préféré arracher les OGM qui avaient atterri dans son champs. Cela aurait pu rester très simple puisque ça n’était pas une culture qu’il faisait de toutes façons.

Et surtout : cela marche dans les deux sens : les fermiers d’Oregon ont commencé à s’inquiéter de la contamination de leurs cultures à haute valeur ajouté par les plants bio. Même si on peut être critique envers l’agriculture bio, personne ne songe à demander à ce qu’elle soit rayée des listes. Les paysans devraient être libres de choisir la méthode dont ils pensent qu’elle leur est la plus profitable, même si cela implique d’utiliser des méthodes peu rentables et nécessitant de nombreux intrants, comme l’agriculture bio.

Traduit de : Five Questions For Anti-GMO Activists (la 5ème question concernant surtout la politique interne américaine elle n’était que moyennement pertinente pour ce blog).

Advertisements

8 commentaires sur “Quatre questions que tout militant anti-OGM devrait se poser

  1. jerome
    28 juin 2015

    Absolument contre les arguments de ce type d’article assez hypocrite dont je soupçonne provenance aux intérêts. Je suis concerné par les insecticides, les fermiers, les brevets, mais cela n’enlève absolument rien aux méfaits des OGM, qui donne d’épouvantables tumeurs aux rats de laboratoires…
    http://www.20minutes.fr/planete/1006353-20120919-ogm-etude-choc-rats
    La solution me semble être l’agriculture bio dynamique.

    J'aime

    • Maeelk
      28 juin 2015

      Et bien, tout pareil que John qui a parfaitement résumé (merci au passage ^^).

      Pour la biodynamie, il y aurait de quoi argumenter pendant des heures mais à moins de m’expliquer comment répandre des cendres de campagnol peut aider à en faire baisser les populations je vais continuer à rester plus que dubitatif à ce sujet.

      Aimé par 1 personne

  2. johnpcmanson
    28 juin 2015

    L’étude sur les rats a été fortement médiatisée, mais elle est controversée. De nombreux scientifiques critiquent la méthodologie et les conclusions de l’étude. S’appuyant sur les avis des autorités sanitaires belge, allemande, danoise, française, italienne et néerlandaise, l’Autorité européenne de sécurité des aliments estime que cette étude est de qualité scientifique insuffisante pour des évaluations de sécurité. Fin 2013 la revue retire l’étude, constatant que les résultats, même s’ils ne sont pas frauduleux, ne soutiennent pas les conclusions des auteurs et ne permettent aucune conclusion.

    L’agriculture biodynamique ? Elle tire son origine d’une mouvance spirituelle, la biodynamie relève de la pseudoscience. En effet car elle s’inspire de l’ésotérisme, de la magie, de l’astrologie et de l’alchimie… Tandis que l’agriculture biologique a des bases plus rationnelles.

    Les anti-OGM ne semblent pas tenir compte des études sérieuses sur les OGM : il n’y a pas de preuves que les aliments génétiquement modifiés soient dangereux pour la santé humaine, même si les effets de long terme restent inconnus, comme pour la plupart des autres produits alimentaires. Ce qu’il faut surtout combattre c’est l’utilisation des pesticides, car les abeilles connaissent une surmortalité très préoccupante…

    Aimé par 2 people

  3. Tacite
    1 juillet 2015

    Je me suis arrêté de lire à « Le glyphosate est l’est des herbicides les plus sûrs de l’Histoire humaine et peut-être utilisé dans des cultures sans labour qui préservent les nutriments du sol et retarde l’érosion. »
    Bullshit.

    J'aime

    • Maeelk
      1 juillet 2015

      Bonjour Tacite, sur quelle partie de l’affirmation avez-vous achoppé ? Ou c’est sur la totalité ?

      je pourrais vous fournir des trouzaines d’études allant dans le sens de ce qui est dit dans le billet, mais bon… quel intérêt ?

      Discutons plutôt, quels arguments pouvez-vous apporter pour dire que ce qui est dit est faux ? Et quel(s) argument(s) faudrait-il apporter pour vous faire changer d’avis ? 😉

      Le blog est là pour discuter après tout ! 🙂

      Aimé par 1 personne

  4. whynot
    2 septembre 2015

    Je pense que les auteurs de ce texte ne connaissent pas bien les « militants anti-ogm » qui généralement prêche pour un changement de système effectivement. Contrairement à la question numéro 3. La critique de Monsanto n’excluant nullement la critique d’autres grandes entreprises. Pour la question 4, généralement la culture ogm les enferment justement dans une spirale de mono-culture et de remboursement d’emprunts, plutôt que de simplement leur offrir une option supplémentaire. Surtout lorsqu’ils sont fortement incités par leurs gouvernements à mettre en oeuvre ce genre de cultures (voir ce qu’il se passe en Inde et le nombre de suicide d’agriculteurs). Pour la question 2, effectivement il est bon d’avoir un maximum d’infos sur chaque produit, issu d’ogm ou non. Je salut d’ailleurs l’initiative openfoodfacts sur ce point. Pour la 1 je pense que les cultures posant le plus de problèmes aujourd’hui (en terme d’appauvrissement des sols et de déforestation) sont le coton, le maïs et le soja, qui sont concernées par la question des pesticides. Renvoyer vers des cultures marginales telles que la papaye est une figure de style pour se détourner du problème. Problème qui, outre la question philosophique de la manipulation et du brevetage du vivant, concerne le secteur privé vs le secteur public. Et renvoyer vers le secteur pharmaceutique n’est pas de grand renfort non plus, tant de nombreuses critiques pourraient lui être adressé également. Leurs recherches devraient bénéficier à tous, sous licence open source par exemple, et les graines reproductibles. Mais là oui on parle d’un changement de société et j’ai déjà écrit bien plus que ce que j’avais prévu d’écrire.

    J'aime

    • Maeelk
      3 septembre 2015

      Bonjour,

      le simple fait de vous référer au vieux mythe des suicides d’agriculteur en Inde vous décrédibilise complètement vous savez…

      Pour info, des OGM publics et open-source ça existe déjà, mais des extrémistes comme Greenpeace les refusent aussi (du coup on peine à comprendre leurs motivations).

      Enfin, tout ou partie des questions que vous soulevez résulte des problèmes liés à la monoculture ou à l’existence de trusts, ce qui n’a strictement rien à voir avec les OGM.

      Et pour ce qui est du changement de société… je ne fais pas de politique sur ce blog désolé. 😉

      J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Information

Cette entrée a été publiée le 25 juin 2015 par dans Intermédiaire, et est taguée , , .
%d blogueurs aiment cette page :