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"Faut pas croire tout ce qu'on voit sur le web" – Einstein

Pourquoi les gens partagent-ils tous ces canulars ridicules ?

Le mois dernier de nombreux débats enflammés, accompagnés de cris d’orfraie, ont eu lieu à propos d’un nouveau tag « Satire » sur Facebook, destiné à caractériser des contenus du type de celui de The Onion (le Gorafi américain, NDT). Cependant, les faux articles d’information – qui vont plus loin que la satire – continuent à se propager raidement sur ce site, tout comme sur les autres réseaux sociaux, comme Twitter.

Ces derniers jours, un très grand nombres d’utilisateurs de Facebook ont vu passer (et ont partagé) un canular à propos d’un hiver extrêmement rigoureux venu d’Empire News et prédisant « des chutes de neige explosant tous les records ». Dans le même temps, les retweets de l’image d’un préservatif Durex édition limité aromatisé citrouille et épices ont inondé les fils Tweeter.

La majeure partie de la couverture médiatique qui a été accordée à cette sorte de prolifération rapide de contenu bidon considérait que cela été dû à un problème d’intelligence des consommateurs, une position aussi incendiaire qu’insultante. Plus encore, cela ignore complètement la façon dont les sites d’infos et les médias sociaux, ainsi que les interactions sociales elles-mêmes, fonctionnent vraiment.

Les appels à une meilleure éducation aux médias ne sont pas inutiles, mais si nous désirons vraiment faire reculer les canulars et la désinformation en ligne, nous devons comprendre comment ils se propagent – et comment nous pouvons les en empêcher.

1 – Les gens ne lisent pas les contenus qu’ils partagent

Le bulletin météo d’Empire News et la capote Durex Citrouille/Épices étaient tous les deux facilement réfutables, mais ils ont bénéficié de la tendance générale qu’ont les utilisateurs de réseaux sociaux à partager sans lire, et encore moins vérifier. Le sous-titre de l’article d’Empire News était « On s’attend à ce que les prix du pain et du lait grimpent en flèche », ce qui était un assez gros indice d’une info bidon – mais il n’est pas visible si le lien est partagé via un fil Facebook, qui ne laissait que apparaître que le titre anodinement pute-à-clic.

Survoler le sous-titre, mais lire l’article, comme je l’ai fait, pouvait facilement rendre suspicieux après la quatre ou cinquième mention de l’envolée des prix du pain et du lait.

Une rapide comparaison du paquet de préservatifs Durex (grâce à Google image) avec d’autres produits parfumés de la même marque mettait rapidement l’intrus en évidence. Aucun autre emballage ne présentait de photo, les autres n’indiquant l’arôme que par la couleur.

→ Vous devez lire attentivement pour contextualiser le titre, qui – même sur de « vrais » sites d’infos n’est souvent que marginalement relié au contenu.

2 – Les gens ne s’intéressent pas à la légitimité des sources d’informations

C’est là que la tentative de Facebook de taguer certains contenus comme « Satire » est sensé fournir un raccourci. Des sites d’infos bidonnés se créent tout le temps, cependant, et il est difficile d’en tenir une liste à jour. Une meilleure approche serait de taguer certains sites comme étant « De confiance » et de considérer tous les autres comme étant sujet à caution.

Pour un utilisateur lambda, une recherche rapide sur « Empire news » fait ressortir l’article « Betty White meurt tranquillement à la maison » qui a récemment circulé sur les réseaux sociaux. Un site qui ne génère presque aucune réponse est lui aussi suspect bien sûr.

Un sujet connexe est qu’il faut se méfier des « experts » et des « sources officielles » citées dans ces articles. Le faux bulletin météo cite de nombreuses personnes et des organisation qui, lorsqu’on les recherche sur Google, s’avèrent ne pas exister.

C’est ce que l’on appelle un « drapeau rouge ». Même les sites « légitimes », cependant, peuvent résumer des déclarations d’experts de façon fallacieuse ou trompeuse.

→ Si vous vous posez des questions, utilisez Google ou des sites plus spécialisés comme PubMed de l’Institut National de la Santé pour vérifier la crédibilité.

3 – Les gens sont vulnérables au biais de confirmation

J’étais instantanément sceptique devant le bulletin météo. Je n’ai pas douté de ses affirmations parce que j’ai reconnu (ou pris la peine de rechercher sur Google) le nom de domaine ou même, je dois l’avouer, parce que je suis un génie des médias sociaux.

J’ai douté de ce qu’il disait parce-qu’il ne collait pas avec mes biais et désirs personnels : je n’ai pas confiance dans les prévisions météo à long terme, et je déteste le froid. La personne qui l’a partagé avec moi, elle, adore la neige et le froid – elle avait donc tendance à croire un gros titre qui confirmait ses croyances et désirs pré-existants.

Les médias sociaux n’ont fait qu’exacerber la tendance psychologique générale que nous avons au biais biais de confirmation. Cela devient particulièrement auto-entretenu sur Facebook, où les interactions précédentes avec certains topics ou amis font remonter la présence de ces sujets dans votre fil d’actualité.

Combiné avec notre désir inné de dénigrer autant que faire ce peut « les autres », il n’est pas surprenant que des gens aient été si prompts à croire qu’un grand fabricants de préservatif avait rejoint le Culte de la Citrouille Épicée.

→ Lorsque vous tombez sur un gros titre qui supporte parfaitement l’idéologie de vos amis, ou pire la vôtre, il vaut mieux être d’autant plus sceptique vis à vis de cette information et plus lent à cliquer sur « Partager ».

4 – Les gens déduisent la légitimité des « contenus associés »

Sur les trois « articles associés » qui apparaissent sous le canular du bulletin météo, l’un est celui de la « vraie » page Accuweather à propos du vortex polaire de l’année dernière. Un autre vous emmène sur la page Farmers’ Almanac (l’Almanach des fermiers NDT) que Facebook ne recense pas comme étant potentiellement indigne de confiance même si il ne s’est jamais révélé supérieur au hasard.

« Associés » peut vouloir dire beaucoup de choses : posté par la même personne (votre notoirement peu fiable ami humain), sur le même sujet (l’hiver, la météo et les préservatifs aromatisés sont de Vraies Choses) ou sur le même site (une indication à peine meilleure).

→ Ne supposez pas que les « Articles associés » signifient grand-chose sur la légitimité de ce que vous êtes en train de lire.

5 – Plus les gens voient un article passer, plus ils le jugent crédible

C’est là que les gens qui pensent que nous nous faisons avoir par les canulars en ligne parce que nous ne sommes pas futés se plantent. A un niveau fondamental, les gens ont tendance à croire que les groupes de gens sont généralement rigoureux dans la façon dont ils évaluent une réalité objective.

Nous y croyons même si fort en fait, que la plupart d’entre nous va aller jusqu’à douter de nos sens physiques si les dires d’autres personnes les contredisent. Le psychologue social Solomon Asch a, le premier, démontré cela grâce à l’aide de ce qui semblait être un sujet émotionnellement neutre : la taille d’une ligne, entourant les sujets de l’expérience de gens inconnus (mais a priori socialement similaires).

Imaginez à quel point l’effet peut être fort lorsque des jugements moraux ou intellectuels et des amis ou des collègues de travail sont impliqués.

Cet effet est encore exacerbé sur Facebook, où le développement de normes sociales peut d’autant plus prohiber les désaccords explicites. Comme nous l’avons vu le mois dernier, à la suite du meurtre de Michael Brown à Ferguson, tandis que Facebook avait des intérêts particuliers à masquer les contenus clivant, beaucoup de gens ont aussi tendance à s’auto-censurer sur le site, plus encore qu’ils ne le font lors de rencontre en face à face.

→ Si tout le monde partage la même chose, mettez-vous une série à la télé et examinez les choses à tête reposée.

6 – Les gens confondent satires et canulars

Parler de canulars sur les réseaux sociaux est délicat : les gens n’aiment généralement pas s’entendre dire publiquement qu’ils ont tort. Lorsque des gens essayent de sauver la face en minimisant les canulars qu’ils ont partagé en les présentant comme des « satires », insinuant par là que leur interlocuteur n’a pas d’humour, ils abusent du concept.

La satire est sensée présenter son sujet comme étant un tort en exagérant son côté malfaisant, en le ridiculisant ou en le contredisant. De fausses informations présentées (et comprises/consommées) comme des faits échouent lamentablement en tant que satires, parce qu’ils ne dénoncent rien. Les capotes goût Citrouille épicée sont amusantes – et pas vraiment emprunte de respectabilité.

Les sites comme Empire News, par contre, ne servent fondamentalement qu’à attirer des clics, mentir pour le profit n’est ni nouveau ni intrinsèquement artistique.

→ Si un contenu est virtuellement indistinguable de la sorte d’article qu’il est sensé « satiriser », ce n’est pas de la satire. Si ce n’est amusant que parce que que c’est un mensonge, ne le partagez pas.

Traduit de : Why people fall for dumb Internet hoaxes

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6 commentaires sur “Pourquoi les gens partagent-ils tous ces canulars ridicules ?

  1. johnpcmanson
    21 octobre 2015

    Les décérébrés fonctionnent selon le réflexe de Pavlov : action, suivi d’une réaction. C’est tout. Le réseau Facebook est très efficace pour partager et diffuser des trucs de toute sorte, mais c’est malheureusement un puissant vecteur de désinformation. En explorant Facebook, on y trouve des bêtises affligeantes, propagées par des personnes naïves qui croient tout ce qu’elles lisent, en absorbant tout comme une éponge. Il est tellement plus simple de croire que de réfléchir, la crédulité c’est de la paresse.
    Comment le dire autrement qu’en prenant des gants ?…

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    • Maeelk
      21 octobre 2015

      Vous êtes durs avec vos congénères John. ^_^
      Disons que Facebook (et pas mal de sites de hoax) savent très bien exploiter les mauvais penchants de notre espèce. Faut expliquer, ré-expliquer et expliquer encore malheureusement.

      Et c’est chiant et chronophage. :-/

      Aimé par 1 personne

  2. Marc Ballan
    21 octobre 2015

    Ah ! MERDE ! Pas de capote à la citrouille ? Je vais me déguiser en quoi à Halloween ? En plus, c’est mon anniversaire… Merde, Merde , MERDE et re-merde… 😦

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  3. Angie Renaud
    23 octobre 2015

    Le danger c’est lorsque ceux qui se sont fait piéger ne s’en rendent jamais compte, y croient dur comme fer et l’utilisent après comme argument dans une conversation « classique ».
    C’est une question d’apprentissage. Je suis très contente que des sites comme le gorafi ou nordpresse soit si populaires car ils t’apprennent à être vigilant, moins crédule. Tu te fais avoir une fois, pas deux.

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  4. JeffeCastan
    22 octobre 2016

    Analyse inintéressante et pertinente.
    Nous vivons à l’air du « fast think ». On ne lit que le titre, on l’adapte à ses propres:
    – Phobie
    – Fantasme
    – Délire
    – Espoir
    On comprend donc ce qu’on veut et re-post comme un accessoire de mode qui nous raconte. Le re-post, c’est le percing des réseaux sociaux. Ça sert à affirmer sa tribu.
    Enfin, je dis « on », par excès de solidarité, mais perso, je ne me compte pas parmi ces comportements.

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Cette entrée a été publiée le 21 octobre 2015 par dans Débutant, et est taguée , .
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