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"Faut pas croire tout ce qu'on voit sur le web" – Einstein

Petit guide exhaustif des biais cognitifs – Buster Benson

J’ai passé de nombreuses années à consulter la liste Wikipedia des biais cognitifs chaque fois que j’ai eu le pressentiment qu’une forme de pensée était un biais cognitif « officiel » mais que je ne m’en rappellais pas en détail. Cela a toujours été une référence inestimable pour m’aider à identifier les failles cachées de mon propre raisonnement. Rien d’autre de ce sur quoi j’ai pu tomber ne m’a semblé aussi compréhensif et succinct.

Cependant, honnêtement, la page Wikipedia est légèrement bordélique. En dépit du fait d’avoir essayé d’absorber les informations de cette page, bien peu semble m’en rester. Je la parcours souvent en ayant le sentiment que je n’arrive pas à trouver le biais que je recherche et oublie rapidement ce que j’ai appris.

Cet article est une traduction de : Cognitive bias cheat sheet

NDT : le web anglophone étant bien plus fourni que son équivalent à baguette sous le bras, certains biais ne sont pas sourcés dans la langue de Molière, ils sont marqué d’un (?),  et d’autres sont parfois simplement définis, ils sont indiqués par un (-). Toute aide est la bienvenue pour compléter/améliorer la liste des sources.

Au jour de parution, on retrouve donc : Wikipedia (sous forme de liens WikiWand), Persée, Cairn, Memovocab, La Toupie, l’Université Lumière de Lyon II, le dictionnaire des Sceptiques du Québec, Google Book ainsi que de nombreux sites et blogs de marketings ou de management, deux sites d’actualité… et un site pour adulte.

Les professionnels prêts à se servir des failles de votre cerveau sont nombreux, contrez-les : bookmarkez cette page et suivez les conseils en bas de page !

Je pense que ça a à voir avec la façon dont la page a évolué organiquement ces dernières années. Aujourd’hui, elle regroupe 175 biais dans des catégories vagues (biais de prise de décision, biais sociaux, erreurs de mémoire, etc) – qui ne me semblent pas vraiment mutuellement exclusives – et les liste ensuite par ordre alphabétique à l’intérieur de ces catégories. Il y a foultitude de doublons et de nombreux biais similaires avec de différents noms, éparpillés bon an mal an.

J’ai pris du temps ces quatre dernières semaines (je suis en congé paternité) pour essayer de comprendre et intégrer plus profondément cette liste et pour tenter de parvenir à une organisation plus simple et plus claire pour épingler ces biais. Avoir beaucoup lu à propos de nombreux biais a donné à mon cerveau de quoi se mettre sous la dent pendant que je berçais petit Louie pour le dodo.

J’ai commencé avec la liste brute des 175 biais et les ai ajouté à une feuille de calcul, puis les ai passé en revue pour supprimer les doublons et grouper les biais similaires (comme l’effet de bizarrerie et d’humour) ou complémentaire (comme les biais de pessimisme et d’optimisme). La liste est redescendue à environ 20 stratégies mentales biaisées que nous utilisons tous pour une certaine raison précise.

J’ai fait quelques tentatives pour réussir à regrouper ces 20 finalistes à un plus haut niveau et ai finalement réussi à parvenir à les regrouper en fonction du problème mental général qu’ils tentent de résoudre. Chaque biais cognitif est là pour une raison – primitivement pour permettre à notre cerveau d’économiser du temps ou de l’énergie. Si vous les observez sous l’angle du problème qu’ils abordent, il devient bien plus simple de comprendre le pourquoi de leur existence, en quoi ils sont utiles et les compromis (et erreurs intellectuelles résultantes) qu’ils introduisent.

Quatre problèmes que les biais nous aident à régler :

La surcharge d’information, le manque de sens, le besoin d’agir vite et comment savoir de quoi on doit se rappeler plus tard.

Problème 1 : trop d’information

Il y a tout simplement trop d’informations dans le monde, nous n’avons pas d’autre choix que d’en filtrer la quasi-totalité. Notre cerveau utilise quelques trucs simples pour choisir les bouts d’informations qui sont les plus susceptibles de finir par être utiles.

  • Nous remarquons les failles plus facilement chez les autres que chez nous-même. Et oui, avant de considérer cette article comme une liste de choses qui vous énervent chez les autres, prenez conscience que vous y êtes sujet aussi.
    Voir : biais du point aveugle, réalisme naïf, cynisme naïf (?).

Problème 2 : pas assez de sens

Le monde est très déconcertant et nous ne sommes capables que d’en percevoir une petite partie alors qu’il nous est nécessaire d’en tirer du sens afin de survivre. Une fois que le flot réduit d’information nous est parvenu, nous relions les points, comblons les blancs avec ce que nous
pensons déjà savoir et mettons à jour nos modèles mentaux du monde.

Problème 3 : le besoin d’agir vite

Nous sommes contraints par le temps et l’information, et nous ne pouvons pas nous permettre de les laisser nous paralyser. Sans la capacité à agir vite face à l’incertitude, notre espèce aurait certainement disparu il y a bien longtemps. Chaque fois que survient un nouveau bout d’information, nous devons faire de notre mieux pour évaluer notre capacité à agir sur la situation, l’utiliser pour modifier nos décisions, s’en servir pour simuler ce qui pourra advenir dans le futur et, à tout le moins, travailler à modifier notre point de vue sur le monde.

  • Afin de rester concentré, nous favorisons ce qui nous est immédiat, ce qui nous fait face au détriment de ce qui est plus loin, moins flagrant. Nous accordons plus de valeur aux choses du présent qu’à celles du fuur et nous sentons plus concernés par les histoires impliquant un individu en particulier qu’à celles de groupes ou d’anonymes. Je suis surpris qu’il n’y ait pas plus de biais relatifs à cette tendance étant donné l’impact qu’elle a sur la façon dont nous voyons le monde.
    Voir : actualisation hyperbolique, appel à la nouveauté, effet de la victime identifiable (dans les médias : mort kilométrique NDT).

Problème 4 : de quoi devons-nous nous rappeler ?

Il y a trop d’informations dans l’Univers. Nous ne pouvons nous permettre que de nous occuper des morceaux qui sont les susceptibles de nous être utiles dans le futur et nous devons constamment faire des compromis et des paris en ce qui concerne ce dont nous allons nous rappeler ou oublier.

Par exemple, nous préférons généraliser plutôt que de s’occuper de cas spécifiques car cela prend moins d’espace de stockage et lorsqu’il y a vraiment trop de détails, nous en piochons quelques uns et ignorons
le reste. Ce que nous gardons est ce qui est le plus susceptible de nous servir pour les filtres du problème 1 (l’excès d’information disponible) ainsi que de nourrir ce qui nous vient à l’esprit dans le cadre du problème 2 (le besoin de sens et de remplir les blancs).

Cela s’appelle auto-renforcement.

Cool, comment je suis censé me rappeler tout ça ?

Vous n’êtes pas obligé, mais vous pouvez commencer par vous rappeler les quatre grands problèmes auxquels nos cerveau doivent faire face et qui ont évolué en conséquence ces derniers millions d’années (et aussi mettre cette page dans vos favoris si vous voulez vous y référez plus tard en cherchant le biais particulier que vous cherchez) :

  • le trop-plein d’information est nocif, donc on filtre en masse
  • le manque d’information rend confus, donc on remplit les trous
  • il faut agir vite pour ne pas rater son tour, alors nous sautons directement aux conclusions
  • ça ne va pas en s’arrangeant, alors on ne s’encombre que du strict nécessaire.

Afin d’éviter de se noyer dans un trop-plein d’information, notre cerveau doit écrémer et filtrer un montant incroyable d’informations et rapidement, sans trop d’effort, décider quelles sont les nouvelles choses à tirer de ce pucier et les en extraire.

Pour nous aider à construire du sens à partir des bouts et morceaux d’information qui nous parviennent, nous devons remplir les trous et assembler le tout pour créer nos modèles mentaux du monde. Dans le même temps, nous avons également besoin de nous assurer qu’ils restent aussi stables et efficaces que possible.

Dans le but d’agir vite, notre cerveau doit prendre des décisions en une fraction de seconde afin d’augmenter nos chances de survie, de sécurité ou de succès. Il doit également avoir confiance en sa (notre) capacité à agir sur le monde.

Et pour que tout cela se fasse aussi efficacement que possible, notre cerveau doit se rappeler des parties les plus importantes et utiles des informations qu’il rencontre et en informer ses systèmes afin qu’ils puissent s’adapter et s’améliorer au cours du temps, mais rien de plus.

Ça a l’air plutôt utile ! C’est quoi les revers ?

En plus des quatre principaux problèmes, il serait utile de se rappeler de ces quatre vérités à propos de comment nos solutions ont leur propres défaut :

  • Nous ne voyons pas tout. Et certaines des informations que nous écartons/filtrons sont en fait utiles et importantes.

  • Notre quête de sens peut générer des illusions. Nous imaginons parfois des détails qui ont été placés là par nos suppositions, et construisons des intentions et des histoires qui n’existent pas vraiment.

  • Les décisions rapides peuvent être complètement nulles. Certaines des conclusions auxquelles nous sautons sont injustes, égoïstes et contre-productives.

  • Notre mémoire renforce les erreurs. Une partie des choses dont nous nous rappelons le plus tard rendent juste les systèmes cités ci-dessus encore plus biaisés, et plus dommageables pour nos processus de pensée.

En gardant à l’esprit nos quatre problèmes avec le monde et les conséquences qu’ont les stratégies que notre cerveau utilise pour les résoudre, l’heuristique de disponibilité (et le phénomène de Baader-Meinhof en particulier) fera que nous remarquerons nos biais plus souvent. Si vous visitez cette page pour vous rafraîchir la mémoire assez souvent, l’effet d’espacement vous aidera à souligner certains des motifs les plus forts ce qui tiendra à l’écart point aveugle et réalisme naïf.

Rien de ce que nous pouvons faire ne peut éliminer les quatre problèmes (à moins de trouver un moyen d’améliorer la façon dont notre cerveau fonctionne pour mieux le faire coller à la réalité) mais si nous acceptons le fait que nous en permanence biaisé – mais qu’il y a de la marge pour s’améliorer – le biais de confirmation nous aidera à trouver des preuves allant dans ce sens, ce qui, au final, nous permettra de mieux nous comprendre nous-même.

Depuis que je connais le biais de confirmation, je le trouve partout.

Les biais cognitifs ne sont que des outils, utiles dans le bon contexte, néfastes dans d’autres. Ce sont également les seuls outils que nous ayons à disposition et ils ne sont pas si mauvais pour faire ce qu’ils sont censés faire. Autant se les rendre familiers et apprenons à apprécier le fait, qu’au moins, nous avons quelques capacité pour essayer de comprendre le monde qui nous entoure.
Illustration de John Manoogian III, une version française serait grandement appréciée, si un graphiste passe dans le coin… 🙂

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7 commentaires sur “Petit guide exhaustif des biais cognitifs – Buster Benson

  1. Romain Bousson
    14 octobre 2016

    A reblogué ceci sur S.O.S.prit Critique.

    J'aime

  2. François Longuépée
    14 octobre 2016

    Merci, merci et merci. C’est extrêmement intéressant, tout en étant exhaustif. Quel travail !

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  3. Pingback: Vous avez dit réflexe de Semmelweis ? (Rediscovering a flawed pioneer of patient safety) | jcdurbant

  4. Tom
    23 novembre 2016

    Est-il possible d’avoir la feuille de calcul qui vous à permis de faire cette agréable synthése ?

    J'aime

    • Maeelk
      23 novembre 2016

      Hello, alors personnellement je me suis contenté de traduire du coup je n’en ai pas eu besoin…
      Vous pouvez demander à l’auteur original si vous le désirez, le lien est en haut de l’article. 🙂

      J'aime

  5. Pingback: Les Biais Cognitifs – où comment se tromper AVEC JOIE – Docdobi

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Cette entrée a été publiée le 14 octobre 2016 par dans Débutant, Intermédiaire, et est taguée , , .
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